LA SOCIÉTÉ ET I.E SOCIALISME.
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fieu du principe de la solidarité, c’est un principe de la sé-paration qui y prévaut. Toutes les coutumes du compagnon-nage respirent une haine farouche entre les divers corps dudevoir, c’est le nom qu’ils se donnent. Isolés ou en bandes,les compagnons s’adressent des défis grossiers, se provoquentpar des chansons outrageantes, et finissent par engager desduels meurtriers ou des mêlées épouvantables. Y a-t-il rienlà-dedans qui ressemble à une association, dans la saine ac-ception du mot, et qui en contienne le germe? Sans doutele compagnonnage stipule un échange de secours mutuelscuire les membres d’un même devoir , mais les traces dubien qui en résulte sont effacées par un cérémonial puérilqui aboutit presque toujours à des stations prolongées dansles cabarets. En somme, ce sont là des traditions fâcheuses,un legs de siècles peu éclairés. Au lieu de refondre le com-pagnonnage, comme le voudrait un ouvrier qui a écrit unlivre sur cette institution *, au lieu d’en composer l’idéal,comme l’on fait un romancier célèbre, il y aurait plusd’avantage à l’extirper du sein des classes laborieuses. Lecompagnonnage est une sorte de guerre civile entre les tra-vailleurs, guerre d’autant plus opiniâtre qu’elle n’a pas d’ob-jet et ne saurait avoir d’issue.
Ce qui plaît à l’ouvrier dans le compagnonnage, ce quil’attache à celte coutume, c’est précisément le caractèreturbulent et agressif quelle revêt. Autant il lui répugneraitde subordonner sou indépendance à une association calmeet sensée, autant il y a d’attrait pour lui dans ces affila-tions militantes. Le bruit l’attire, les promenades en corpsde devoir , avec la canne à la main et les signes distinctifsau chapeau, sont pour lui une grande source de jouissances.
1 te Lirre du Compugiwnna.ge.j par M- Agricot l’crdiguicr.