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ÉTUDES scn LES liÉFùRMATE
Ce que l’on entend par une association n’aurait à sesyeux qu’une valeur abstraite et passive ; le compagnonnage,au contraire, se produit au soleil, s’agite, s’escrime, a desmots de passe, des gestes mystérieux, des pratiques parti-culières pour la conduite et l'embauchage , enfin tout uncode et presque des rites. C’est la franc-maçonnerie desclasses laborieuses : elles y tiennent précisément à cause deces détails qu'on peut taxer de barbarie ou d’enfantillage.On aurait donc tort de voir là-dedans un acte réfléchi, sus-ceptible de discussion et donnant ouverture à une réforme.L’entraînement, l’exemple, l’habitude ont fondé le compa-gnonnage ; le jour où les classes laborieuses chercheront àeu peser le mérite, à en raisonner les effets, il sera bienprès de finir : tôt ou tard, le bon sens des ouvriers en ferajustice.
Il ne faut ni décrier l’ouvrier, ni le flatter. En généralon ne garde pas, à son égard, assez de mesure, on me montrepas assez de justice ; on le place ou trop haut ou trop bas,on va volontiers à l’extrême, soit qu’on l’exalte, soit qu’onle déprécie. L’ouvrier, pris en masse, a des vertus, desqualités qu'on ne doit pas méconnaître; il est serviable,désintéressé, dévoué, patient; il se résigne à une conditionprécaire avec une philosophie qui ne se rencontre pas dansles classes élevées ; il a le sentiment de l’ordre, et, dansune certaine mesure, celui de la dignité personnelle. Cequi lui manque, c’est l’esprit de prévoyance, c’est le soucidu lendemain. Dans les grands centres industriels surtout,il travaille plutôt par boutades qu’avec suite, et cherchedans les plaisirs du cabaret une triste diversion aux fatiguesde l’atelier. Un autre travers de l’ouvrier, c’est une répu-gnance invincible et involontaire pour ce qui le domine.L’instinct de l’obéissance et de la discipline ne dépasse pas,