ÉTUDKS BL'R LES RÉFORMATEURS.
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plus utiles et des devoirs plus réels. Pour roman il a lessoucis de la famille, pour poésie il a le travail. Il y a plusd'honneur pour lui, plus de profit pour le pays dans l'ac-complissement d’une tâche manuelle que dans des aspira-tions inquiètes vers les œuvres de l'esprit et la vie de l’in-telligence. Le chapitre des vocations manquées est déjàlong dans la carrière des lettres : que les ouvriers se gar-dent d’y ajouter une douloureuse page de plus. On ne peutpas servir deux mailres, et les devoirs modestes de l’hommequi vil de scs bras sont incompatibles avec les ravages del’orgueil littéraire.
Dans le domaine de la politique, l’ouvrier devrait égale-ment rompre avec les conseils qui l’entraînent à des pré-tentions excessives. Sans doute les classes laborieuses comp-tent pour beaucoup dans l’ensemble de la population ; onne saurait, sans aveuglement, méconnaître l’influence etles droits du nombre. Ce serait en outre un triste gage detranquillité que celui qui reposerait sur l’abdication com-plète des masses et sur l’abrutissement qui résulte dessoucis et des plaisirs grossiers de l’existence matérielle. EnFrance, ce rôle ne fut jamais celui des classes laborieuses.Qui plus vivement qu’elles s’intéressa à l’Odyssée militairede l’empire, aux rancunes contre 1 invasion, au mouvementhéroïque de juillet 1850? Où les bulletins de la grandearmée trouvcrcnt-ils plus de lecteurs enthousiastes, cl lavictoire des trois jours plus d’énergiques coopérateurs? Atoutes les époques il en fut ainsi : toujours le peuple, dansnotre patrie, se mêla à la vie publique ; c’est là un de sestitres comme une de ses traditions. Mais il ne s’ensuit pasque tout ouvrier doive rédiger son plan de constitutionet se retirer sur le mont Avenlin si on ne l’exécute pas à lalettre. Les destinées de la France ne peuvent pas être à la