1.A SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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merci des systèmes politiques et sociaux issus des fuméesdu cabaret. L’avenir des ouvriers comme celui des maîtres,des pauvres comme des riches, est renfermé dans l’idée dudevoir d’où découlent des habitudes d’ordre et de discipline.Hors de là, on s’agite dans un cercle d’illusions, on courtaprès des fantômes.
Les illusions de ce genre sont devenues si contagieuses,si générales de notre temps, qu’elles ont mérité les hon-neurs d’un nom nouveau et désormais consacré : c’est celuide socialisme , en d’autres termes l’art d’improviser des so-ciétés irréprochables. Plus d’un esprit qui se croit sérieuxa payé tribut à celte chimère : il y a aujourd’hui des socia-listes partout, dans les sciences comme dans les lettres. Lemot a fait des ravages et la chose aussi : des sectes éphé-mères et bruyantes ont laissé cette empreinte avant de dis-paraître. C’est de là que sont venues les déclamations contrela société, les anathèmes tumultueux, les récriminations in-terminables. Il semble qu’on les entend encore. La sociétéest sans cœur et sans entrailles; clic envoie les jeunes gensau canon, les jeunes tilles à la prostitution ; elle n’a ni soin,ni souci de la vie et de l’honneur des créatures. Toute in-stitution est viciée en germe ; comme dans le mauvais fruit,partout on découvre le ver. L’adultère souille le mariage, lafraude déshonore l’industrie, la haine et la jalousie enveni-ment les rapports, l’égoïsme plane sur le tout et couronnel'ensemble des relations humaines. Ainsi du reste. On de-vine ce qu’un pareil texte renferme d’amplilicalions et quellemasse de griefs on peut invoquer contre une société qui n’apas la prétention d’èlre parfaite.
Il faut pourtant s’entendre : la civilisation, telle quelleexiste, n’est pas un décor d’opéra que l’on fait disparaîtred’un coup de baguette. Elle représente un ensemble de sen-