48
ÉTUDES SUR LES U ÉEÛ RM AT EU US.
timenls et d’intérèls qu’il est diflicile d’ébranler. On peut,en y réfléchissant, s’expliquer les illusions des socialistes.Habitants d’un inonde imaginaire où l’âme est alfranchie detoute peine, le corps de toute infirmité, il n’est pas surpre-nant qu’ils regardent avec un profond mépris ce monde réelque la douleur tient asservi et que le besoin assiège sousmille formes. Mais c’est là un état particulier de l’esprit,une foi qui ue visite qu’un petit nombre d’àmes. Le gros desintelligences ne croit ni aux systèmes infaillibles, ni auxtransformations soudaines. Des semblables déceptions nesont d’ailleurs pas nouvelles. Il en est de la régénérationsociale comme de la transmutation des métaux, que lemoyen âge regardait comme une découverte non-seulementpossible, mais prochaine. Toutes les chimères se ressem-blent, et le même sort les attend.
La société réelle a donc poursuivi tranquillement samarche eu dépit du socialisme et des nombreuses sectesqu'il a fait éclore. Les clameurs ne l’ont pas troublée, lesinjures ne l’ont pas atteinte. Au milieu du grand mouve-ment de passions et d’affaires qui accompagne la vie hu-maine, c’est à peine si cette petite turbulence a été remar-quée. A tous les déchaînements dont elle était l’objet, lasociété n’a répondu que par l’indifférence : c’est ainsi quelles’est veDgée. On eût mieux aimé scs colères que son dédain :elle n’a pas donné cette satisfaction aux hommes qui l’atta-quaient par système. A quoi bon d’ailleurs se charger d’uneinjustice qui se faisait toute seule ? A peine éclos, les sys-tèmes se fractionnaient pour se livrer bataille. Il s’agissait derenouveler la face du globe, et vingt procédés pour unétaient offert. Jamais autant de recettes du parfait bonheurne furent imaginées, livrées à l’essai. C’est peut-être l’em-barras du choix qui a engagé la société à rester ce qu’elle