LA SOCIÉTÉ ET I.E SOCIALISME.
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rembrunies et fournit les calculs alarmants. Ordinairementle parti religieux y joue un grand rôle et y apporte un fana-tisme qui trouble nécessairement le regard. En France, lesimitateurs ajoutent à cela l’ardeur naturelle de notre carac-tère et le désir de faire leur chemin par des descriptionsoriginales et dramatiques. Ainsi s’engendrent et se multi-plient les erreurs.
Quant la statistique française opère sur le terrain natio-nal, elle est sujette à d’autres illusions. Jamais on ne vitaligner des calculs avec celte candeur et les interpréter aveccette naïveté. Ainsi, sur quelques renseignements puisés àla préfecture de police, un auteur a dernièrement appris auxhonnêtes gens de la capitale qu’ils doivent se défier desoixante-trois mille individus, vicieux ou criminels, vivantà leurs côtés. Soixante-trois mille ! pas un de plus ni demoins, c’est-à-dire une personne sur quinze. Certes, il y ade quoi donner à réfléchir à ceux qui habitent une ville oùtant de corruption fermente. L’auteur assure pourtant qu’ilest discret et qu’avec moins de réserve il aurait pu éleverà plus de cent mille le nombre de ces êtres dangereux. En-suite il pose des chiffres, et quoi de plus concluant qu’unchiffre ? Nous voici donc exposés à coudoyer 65,000 sus-pects dont 1,867 forçais, réclusionnaires ou correctionnels,5,800 escrocs, 7,000 prolecteurs de prostiluées, 1,300 va-gabonds, 6,000 voleurs, 8,000 fraudeurs, 600 receleurset 53,000 ouvriers débauchés ; le tout au plus juste, etsans que la statistique puisse nous faire un rabais sur cestables de la perversité. C’est à ne pas y croire : à quelquesunitésprès, on sait, par exemple, qu’il y a dans Paris8,000fraudeurs. Qui fournit les éléments de ce nombre ? Les frau-deurs, avant d’exercer leur profession, viennent-ils prendreun numéro d’ordre et faire leur déclaration à la police F