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ÉTi'DES sur. LES BÉF0S3UTEÜBS.
Sérieusement il n’y a rien dans tout cela qui ne soit hasardéet arbitraire. Il suffit pourtant que ces évaluations soientimprimées, quelles émanent d’un fonctionnaire public, pourqu’à l’instant même on s’en empare. L’auteur n'y aura vusans doute qu’une distraction à des travaux administratifs,et une occasion de se signaler par deux volumes pleins decalme et de bonhomie; mais la déclamation s’armera de ceschiffres pour prouver que nous vivons dans un monde in-fâme et la littérature se mettra sur-le-champ à l’unisson decette clientèle de 05,000 scélérats.
Ce sont là de tristes déviations : l’écrivain qui aspire àun rôle scientifique devrait montrer plus de sang-froid etplus de justice. Sa tâche ne consiste pas à ne voir qu’un côtédes choses et à prendre des conclusions exclusives. 11 a pourdevoir d’oublier tout, même le succès, pour ne rechercherque la vérité. Il est l’homme de la raison, non de la pas-sion. Voilà ce qui a manqué à divers statisticiens qui se sontoccupés des misères sociales; ils n’ont pas su, ni peut-êtrevoulu envisager complètement le problème et l’aborder avecmodération. Les écarts du sentiment et les erreurs de la co-lère, dominent leurs travaux et les laissent sans autorité. Cesont tout au plus des peintures de fantaisie qui ne résistentpas à l’examen le plus superficiel. Aucun de ces écrivains,parmi les misères dont il faisait le dénombrement, ne s’estattaché à distinguer celles qui, provenant des vices et desfolies des hommes, ont le caractère de châtiments mérités,de celles, en bien plus petit nombre, qui dérivent d’une fa-talité invincible et ressemblent à des défis accablants qu’unsort ennemi envoie aux malheureux. C’est pourtant là unedistinction très-essentielle à établir et une réserve impor-tante à faire. La compassion qui s’attache à des souffrancesvolontairement encourues ressemble à uu brevet d’impunité