LA SOCIÉTÉ ET LK SOCIALISME.
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accordé à la paresse, à la débauche et à l’imprévoyance.Dans tous les cas, la société n’en saurait è(re responsable,et il serait puéril de vouloir mettre à sa charge les mauxqui résultent des écarts personnels et des fautes privées.
Un autre travers dont la statistique aurait dû se défendre,c’est l’exagération ; en toute chose la mesure est inséparablede la vérité. On s’imagine trop facilement que, pour la dé-fense de ceux qui souffrent, la déclamation est promise etl’enluminure légitime. S'il y a erreur, on croit que c’estune erreur qui honore et que l’intention couvre et dominele fait. Il serait temps de renoncer à ce sophisme. L’un desprincipaux obstacles à toute amélioration, même de détail,est précisément cette absence de modération et ces préten-tions excessives. Exagérer ce qu’il a à faire, c’est offrir unprétexte aux hommes qui veulent que rien ne se fasse, c’estdesservir ceux qu’on prétend secourir. Les tableaux troprembrunis, loin d’avancer des réformes, les éloignent et lesparalysent; personne ne sc charge volontiers des entrepriseshasardeuses et des cures désespérées. Yoilà ce que produitl’exagération ; elle gâte, elle empêche tout : il n’est pointici-bas de principe, point de sentiment qu’on ne puisse dé-naturer ainsi en les poussant à l’extrême. Se contenir à pro-pos est une force rare : l’esprit humain va volontiers versl’excès, il abuse de la vérité comme du mensonge. La libertéhumaine ne s’en manifeste que mieux. Non-seulement il ya à choisir la route, mais encore, dans la meilleure desroutes, le point qu’il ne faut pas dépasser ; non-seulementil s’agit de trouver ce qui est le bien, mais encore la mesureprécise dans le bien.
Ges exagérations des statisticiens, certains philosophesles ont partagées, et par philosophes ou entend ici ces rê-veurs à la suite qui ont essayé de toutes les chimères sans
o.