LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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de toutes ces colères? L’insulte ne serait alors qu’une expres-sion du dépit ou une formule du remords. Peut-èlre aussi,sous l’empire de l’enivrement littéraire, les romanciers ont-ils, comme les philosophes, rêvé les palmes de l’apostolat.Il en est aujourd’hui qui, après avoir prostitué leur plumeà d’indignes gravelures, aspirent aux honneurs d'un prixMonlhyon et à la couronne du moraliste. Certes, c’est làune prétention singulière de la part de ces esprits qui ontabusé de tout, même du talent, et ont fait du commercedes lettres l’industrie la plus éhontée et la plus vulgaire.
Les romanciers de cet ordre devenir des moralistes, desréformateurs de la société! En vérité, la prétention estétrange, elle est digne de notre temps. Avant de regarderautour d’elle, cette littérature aurait mieux fait peut-êtrede s’interroger, de souder ses reins, pour employer uneexpression biblique. Après avoir été sceptique , railleuse,blasée en toutes choses, avide et peu scrupuleuse, il ne luimanquerait plus que de devenir hypocrite, de prendre lamorale en guise de manteau et la réforme sociale comme undernier expédient pour battre monnaie. Ce serait un scan-dale de plus ajouté à tant d’autres. Moraliste, celui qui aemprunté la langue de Rabelais pour infecter le public derécils indécents et de contes cyniques ! Moraliste, celui quis’est fait un jeu de conclure toujours au succès et à l’impu-nité du crime ! Moraliste, celui qui, après avoir composé unchapelet de femmes adultères, déclare que la chute estobligée pour toutes les filles d’Ève, et que la chasteté,exception rare, est un mot qui peut toujours se traduire parle manque d’occasion ! Oui, tous moralistes, moralistes demême trempe, qui reviendront à la vertu, si la vertu a dudébit et fait mieux les choses que le vice !
La même cause a porté le roman vers la description des