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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
misères sociales : la vogue était acquise à de pareils ta-bleaux. De là cette école dont l’idéal consiste à outrer lesdifformités de la nature humaine. Autant les anciens re-cherchaient le beau en toutes choses, autant celte écolerecherche le monstrueux; elle nous traite en convives blasésdont le goût ne se réveille qu’aux ardeurs de l’alcool et aufeu des cpices. Les émotions violentes, les passions écheve-lées, les sentiments impossibles, les imprécations, les blas-phèmes, entrent pour beaucoup dans l’art d’écrire tel qu’onle comprend aujourd’hui. La révolte contre la sociétéanime les conceptions les plus applaudies. Le roman prendun caractère de protestation de plus en plus impérieux etuniversel ; il proteste contre le mariage , il proteste contrela famille, il proteste contre la propriété, il ne lui resteplus qu’à protester contre lui-même. Partout se retrouve laprétention de rendre la civilisation responsable des fautesde l’individu et d’abolir le devoir personnel pour mettretout à la charge du devoir social. Les romanciers appellentcela poser des problèmes au siècle. Problème singulier quecelui d’organiser un monde où les passions seraient sansfrein et les fantaisies sans contrainte! La société actuellea le tort impardonnable de ne pas laisser aux instincts sen-suels une entière liberté ; aussi se montre-t-on inflexible àl’égard d’un régime entaché de tant de rigorisme et d’into-lérance.
Le roman nes’en est pas tenu là; de l’élégie il est passéau drame. Désormais ce n’est plus sur la compassion qu'ils’appuie, mais sur l'horreur. Au lieu de parcourir les replisdu cœur pour vérifier combien il renferme de sentimentsdépravés et d’idées malsaines, le roman s'égare à la décou-verte des bouges les plus infects et des existences les plusimmondes; il se propose de prouver, par la description des