1.À SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
59
mauvais lieux et l'usage d’un cynique idiome, jusqu’à queldegré d’avilissement l’homme peut descendre, et de quelignoble limon il est pétri. Il n’est sorte de corruption sou-terraine et d’obscénité mystérieuse dont il ne se fasse l’écho.Les régions où l’on parle la langue du bagne n’ont plus dosecrets pour lui 5 il s’est chargé de diminuer la distance quisépare le monde criminel du monde élégant. C’est presqueun cours d’éducation à l’usage des lecteurs delivres frivoles;ils peuvent y apprendre l’art compliqué des effractions etdes escalades. Les grands scélérats ont le droit d’être fiersde celte fortune qui leur arrive. Une tribune leur est ou-verte , un auditoire de belles dames leur est acquis ! Lavogue est à eux, ils semblent l’avoir fixée et ils en abusent;ils ont des romanciers , ils auront des poètes. Bientôt il neleur manquera plus qu'une Iliade, où éclatent toutes lesbeautés de l’argot.
Voilà où nous en sommes, grâce aux écarts du roman.Naguère il se contentait de tresser des couronnes au vice;aujourd’hui il élève un piédestal au crime. Qui peut dire oùs’arrêtera cette élude des existences exceptionnelles, cetteexcursion dans les repaires du vol et de l’assassinaf? Commele meurtrier y devient intéressant! Comme la prostituée ygagne du terrain dans l’opinion! Le meurtrier a l’instinctprofond du devoir, la prostituée respire celte grâce frêle etdélicate qui n’éclioit qu'aux races privilégiées. Le roman asi bien fait que ces deux figures n’inspirent plus ni éloigne-ment ni répugnance. On s’y habitue sans peine; le suf-frage des boudoirs adopte une débauche si agréable et unattentat si charmant. De là aux sombres épisodes et auxexpéditions sanglantes il n’y a plus que des nuances et destransitions. On les franchit, et les coups de poignard, ledévergondage hideux , la corruption la plus repoussante,