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ÉTUDES SU U LES RÉFORMATEURS.
celle de l’enfance, sont acceptés au même titre et accueillisavec la même faveur. La grande société s’est décidémentmise à l’unisson de la société déchue : on dirait que l’oncommence à se comprendre, presqu’à s’apprécier. L’assas-sin pose, et le beau monde applaudit; le malfaiteur a sonjour de Capitole et il y chante un hymne qui ne semblepas près de finir.
Sérieusement, c’est là un des plus douloureux spectaclesauxquels une époque puisse assister et un genre de séduc-tion plus dangereux qu’on ne se l’imagine. Il y a dans lecrime on ne saurait dire quelle volupté dépravée dont ilne faut pas réveiller le goût, et la prudence la plus vulgaireconseille de jeter un voile sur les monstruosités exception,nelles. Toute civilisation a des égouts; qui ne le sait? mai»un peuple à part les habite, et. personne n’est tenu d’envisiter les immondes profondeurs. Croit-on inspirer àl’homme le désir du bien, la passion d’un mobile élevé,en l’initiant à des turpitudes qui ne devraient jamais souil-ler son oreille ou sa vue? Est-ce là un enseignement quipuisse satisfaire autre chose qu’une misérable et futile curio-sité? Q ue l’on ouvre le livre où sont inscrits les grands nomslittéraires, et l’on verra si aucun d’eux a dérogé au pointd’écrire une telle histoire et de tracer de pareils tableaux.Deux hommes seulement ont abordé cette tâche avec unsuccès que leurs plagiaires n’obtiendront jamais : on lesnomme Mercier et Rétif de la Bretonne. Qu’est-il resté deleurs œuvres? Qui se souvient du Tableau de Paris , livrepensé dans la rue et écrit sur la borne, comme le disaitRivarol? Qui connaît les Nuits de Paris , ce cauchemar enquatorze volumes, où l’auteur passe en revue les antres dela débauche et du crime, sans reculer devant aucun détail,sans faire grâce au lecteur d’une seule impureté? Ces écrivains