LA SOCIÉTÉ ET LE SOCIALISME.
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ont été aussi les héros de leur temps. Où sont-ils aujour-d’hui et qu’est devenue leur gloire? Ceux qui les suivent etles imifent auront le même sort ; rien ne vit ici-bas que parl’idée morale. Le rôle d’un écrivain n’est pas de remuer lafange : de la civilisation et de poursuivre en l’honneur ducrime un idéal impossible et impie. C’est un soin qu’il fautlaisser aux sténographes des cours d’assises chargés derendre le forfait dramatique et l’échafaud intéressant.
Est-ce là d’ailleurs qu’est la société? Ne vivons-nous quedans un monde d’escrocs et de prostituées? N’y a-t-il ici-bas que des infamies et des guet-apens ? Cette légion demères de familles dont les joies ne dépassent pas l’enceintedu foyer domestique, ces ménages où le travail défraie à lafois les besoins de la semaine, les plaisirs du dimanche etl’épargne pour les vieux jours, ces millions d’hommes labo-rieux qui portent le poids du soleil avec une persévéranceadmirable, suffisent à tous leurs devoirs et meurent sanslaisser la moindre tache sur leur nom : tout cela ou l’oublie,ou le dédaigne; personne n’en tient compte, ni les roman-ciers, ni les philosophes, ni les statisticiens. Ce que l'on re _cherche, ce sont les difformités, les exceptions. 11 faut pro-duire de l’effet, maîtriser la curiosité, frapper des coups quiportent. De là ce monde de fantaisie substitué au monderéel, de là cette importance excessive attribuée à quelquesexistences suspectes, à quelques misères de détail, au pré-judicede l’intérêt que mérite l’ensemble etde l’opinion qu’ondoit s’en former.
Il est donc temps de faire un retour sur soi-même et decesser un jeu où l’honneur des lettres se perdrait tout entier.Le socialisme est fini : il faut en effacer les derniers ves-tiges. Assez longtemps on a eu l’exagération et l’injure à labouche en parlant de notre régime social : revenons à un