DES IDÉES ET DES SECTES COMMUNISTES. 95
nuel à Manchester et créé dans les trois royaumes soixante-une sociétés qui relèvent d’une société centrale. Jusqu’icitoutes ces tentatives n’ont amené qu’une agitation impuis-sante. Limitée à un petit nombre d’hommes qui vont tou-jours vers la nouveauté et vers le bruit, la secte des so-cialistes (c’est le nom qu’ils se donnent) n’est en progrèsni pour le nombre ni pour la qualité des adhérents. Elle serecrute surtout dans la classe moyenne, parmi ces hommesqui ont plus d’orgueil que de connaissances : clercs d’huis-siers et d’avoués, industriels en faillite, chirurgiens et mé-decins de village, ingénieurs sans emploi, artistes sans ta-lent, professeurs manqués, étudiants paresseux, écrivainsincompris. En Angleterre comme ailleurs, il existe des va-nités incurables, des organisations indolentes qui veulentcumuler les avantages du bien-être et de l’oisiveté. Ne secroyant pas à leur place, ces génies méconnus se gardentbien de s’en prendre à eux-mêmes : ils font un procès à lasociété, la condamnent sans appel, et décrètent qu’elle serachangée.
Ce que les socialistes demandent à la persuasion, leschartistes le demandaient naguère à la violence. On se sou-vient des dévastations qui accompagnèrent leur premierpassage et la condamnation de Frost et de William, leursprincipaux chefs. Depuis ce temps, les chartistes semblents’être disciplinés; ils forment aujourd’hui une masse impo-sante par le nombre. Londres en compte deux cent mille, lereste de l’Angleterre deux millions, répartis dans trois centsoixante-dix villes, bourgs ou villages. Une pétition ré-cemment portée au parlement était couverte de trois mil-lions trois cent dix-sept mille sept cent deux signa-tures. Il ne faut pas s’exagérer cette démonstrationformidable en apparence. L’Angleterre est habituée à ce