DES IDÉES ET DES SECTES COMMUNISTES.
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proportionnelle ; s’il n’est pas celui d’Owen et de Babœufqui consacrent l’égalité absolue ; s’il n’est ni le rêve deCampanella ni celui de Morelly, ni la vie conventuelle desesséniens et des moraves appliquée au inonde profane , nila révolte de Wiclef et de Muncer, ni l’extase des millé-naires, ni la discipline des missions du Paraguay, ni lemanifeste des égaux, ni le régime des icariens, qu’il se ré-vèle, qu’il se fasse connaître ; l’attention , sinon l’enthou-siasme, ne lui manquera pas. Il y a encore place ici-baspour les idées vraiment fécondes. Seulement l’heure estarrivée de quitter les divagations pour des énonciations pré-cises. On peut monter sur le Sinaï et y séjourner dans lesnuages pour attendre l’inspiration ; mais il faut en descendreavec les tables de la loi à la main. M. Pierre Leroux a épuiséle droit qu’a tout penseur de distribuer des paroles vides ;on attend désormais de lui autre chose qu’un mysticisme im-puissant et diffus. Peut-être ses vues ne se sont-elles jamaisportées au-delà d’un christianisme philosophique renou-velé de Saint-Simon, d’une papauté politique temporéepardes pouvoirs discrétionnaires. Dans ce cas, qu’il avoue saprétention et qu’il la justifie, s’il le peut.
Tels sont le mouvement et la filiation des idées et dessectes communistes. On voit qu’elles n’ont jamais manquéd’interprêtes, et que cet héritage s’est fidèlement transmisde rêveurs en rêveurs sans que la valeur eu ait augmentéet que la clientèle s’en soit accrue. Rien ne périt ici-bas, pasplus le faux que le vrai ; tout égarement trouve de nouvellesvictimes, toute folie pousse des germes et se réproduit obsti-nément. Qui pourrait assurer que ce ne sont pas là des ex-ceptions, des anomalies nécessaires? Peut-être les sociétésont-elles hesoiu de ces activités inquiètes qui agissent surelles comme aiguillon, et qui, en demandant l’impossible,