LES UTILITAIRES ET JÉRÉMIE BENTHAM.
17t
venteur de la doctrine de rutile apportait d’ailleurs danstoutes ses impressions la même simplicité primitive. Sonâme s’ouvrait aux sentiments affectueux avec le même aban-don qu'aux hyperboles de la flatterie ; il croyait tout lemonde sincère comme il l’était lui-même, et ne cherchaitpas à pénétrer au delà des mots ce que pouvaient être lesintentions. Par une exception assez rare, il recevait les com-pliments et n’en rendailjamais; il ne se regardait pas commeassujetti à payer de retour des appréciations obligeantes. Lebien que l’on pouvait dire à son sujet lui semblait une chosenaturelle qui ne l’engageait à aucune reconnaissance et àaucun échange de procédés. En parlant ainsi, il lui semblaitqu’on rendait hommage à la vérité ; en se taisant, il obéis-sait aux inspirations de sa conscience. Fox avait plus d’unefois témoigné le désir d’avoir un entretien avec lui, et Parr,qui s’était chargé de la négociation, crut en venir à bout enépuisant vis-à-vis de Bentham le vocabulaire de l’adulation.Bentham reçut les éloges avec sou sang-froid et son conten-tement habituels ; mais quand Parr en vint à l’objet de sademande : « Voir Fox, dit notre philosophe, perdre uneheure avec Fox ! à quoi bon? Fox ne peut rien avoir d’im-portant à me dire, et de mon coté je n’ai rien à dire à Fox. »Et il refusa.
Tel était Bentham, et il est impossible de ne pas recon-naître quelque grandeur dans cette naïveté superbe. Le com-mensal dé Bowood y joignait d’ailleurs un tel dédain pourla richesse, qu’il devint, au milieu de cette foule d’ambi-tieux, l’objet d’un respect et d’une estime véritables. » Unetelle société, écrivait lord Lansdovvne à son père, est sansprix pour ttioi qui ai passé ma vie dans un hôpital politique.Son originalité et son désintéressement me restaurent commePair de la ’cafnpague restaure un habitant de Londres. »