LES UTILITAIRES ET JÊKÉMIB BEXTUAM.
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raisonner ni leur conduite ni leurs idées. Bentham attaqueavec une grande vigueur ces hommes qui se refusent à vivreméthodiquement et systématiquement. Faute d’un mobilecommun, le monde lui semble livré à l’anarchie, et toutpeut se justifier par l’inspiration individuelle. Ravaillacvivait en paix avec sa conscience, et l’assassin qui attenta, àSchœnbrunn, aux jours de Napoléon crut poursuivre un acteméritoire. De cette façon tout devient facultatif, et le ha-sard détermine les actions humaines. Le principe de l’utilitépeut seul faire disparaître cet arbitraire, et avec lui biendes causes d’agitation et de haine, de despotisme et debouleversement. Ainsi pense notre philosophe.
Rien ne lui échappe dans la sphère des objections. Apresavoir défendu l’utilité, il cherche à la préciser de manièreà ne point laisser prise aux malentendus. Utile pour qui?dit-il. Un homme est-il autorisé à commettre un acteparce qu’il lui est utile en même temps qu’il est nuisible àun autre? Non certes. L’utilité c’est la justice, tout ce quiest injuste est nuisible. L’utilité particulière doit toujourscéder le pas à l’utilité collective, sociale. Or il n’y a plusutilité sociale dès que l’on porte atteinte, par exemple, aurespect des propriétés et des personnes; il n’y a plus utilitédès que le bien ne se produit qu’à la condition d’un malplus grand. Ce principe est invariable, même quand lemal provient d’un homme éminent en dignité, et quand lavictime est la communauté, la nation. L’utilité de tous sa-crifiée à l’avantage de quelques-uus est un vol, de quelquepart que la chose vienne : ôter à ceux-ci ce qui leur estutile pour le donner à ceux-là, c’est déplacer l’utilité, cen’est passe la proposer pour but, pour résultat. On parlede vertu, de devoir ; mais, ajoute Bentham, que signifientces mots, sinon l’utilité bien comprise, l’intérêt bien en-