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ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
doit consacrer l’égalité, ce ne sera pas, on peut l’assurer,l’égalité des intelligences. Jamais on ne vit s’élever plus deprétentions à une science supérieure ; jamais on ne comptaplus d’esprits disposés h s’exagérer leur portée et leur in-fluence. C’est le temps des sectaires : il s’en forme sur tousles points. Quand le chef s’est déclaré, les disciples arriventrapidement. Le monde est plein d’enthousiasmes irréfléchisqui ont des couronnes pour tous les amours-propres. Dèslors les admirations conditionnelles ne sont plus permises :il faut se livrer sans réserve, sous peine de passer pour unennemi. Le moindre mot de critique est pris en mauvaisepart; on trouve de l’hostilité même dans le silence. Mal-heur aux plumes qui sc mettent au service de semblablesvanités ! elles ne savent pas à quel rude métier elles sevouent.
Pour plusieurs motifs, il n’est pas bon que cela soitainsi.Cet abus de l’enthousiasme tend à dénaturer l’opinion et àfausser le sentiment public. Que d’idoles ont été, depuisvingt ans, dressées de la sorte sur un piédestal, puis insul-tées par ceux mêmes qui avaient concouru à l’apothéose!C’est un jeu cruel que d’élever ainsi des hommes pour lesprécipiter de plus haut, de les enivrer de leur gloire pourjouir ensuite de leur abaissement. Dans le vertige du suc-cès, il n’est personne qui ne soit tenté de se prendre au sé-rieux. Quand autour de lui tout le monde célèbre son infail-libilité, quel est l’individu qui se refusera à y croire et res-tera seul de son parti contre ses admirateurs?L’encens causedes vertiges aux meilleures natures, et la modestie la plusenracinée ne tient pas devant un perpétuel panégyrique.
L’auteur du livre : De l'Humanité a été l’une des vic-times de cette disposition à l’engouement qui semble êtreparticulière à notre époque. De la meilleure foi du monde,