Buch 
Études sur les réformateurs ou socialistes modernes : Saint-Simon,-Charles Fourier,-Robert Owen / par Louis Reybaud
Entstehung
Seite
255
JPEG-Download
 

HOBBES ET HARRINGTON.

255

Sa principale erreur consiste à considérer un état socialcomme une instilulion fixe, et l’homme comme une organi-sation immuable. Rien de plus variable pourtant que cesdeux éléments d’appréciation. L’échelle des sociétés, mêmede notre temps, compte de nombreux degrés depuis la civi-lisation la plus raffinée jusqu’à l’anthropophagie, et ce quiconvient aux unes comme forme de gouvernement convien-drait difficilement aux autres. Que dans l’enfance des peu-ples il ait fallu leur choisir des tuteurs, auxquels on délé-guait des droits étendus, l’histoire le prouve et les résultatsle justifient. Mais, pour l’humanité comme pour l'homme, ily a aussi un travail de croissance qu’il est impossible deméconnaître. Quand les nations touchent à leur majorité,elles demandent des comptes de tutelle quelquefois terri-bles, et s’emparent, soit de gré, soit de force, de l’admi-nistration de leurs intérêts.

Il y a d’ailleurs dans la donnée de Hobbes une inconsé-quence qui n’a pas été assez remarquée. La base de sonargumentation est celle-ci : que l’homme est essentiellementméchant, et qu’il faut agir sur lui par voie de compressionen lui donnant un chef despotique. Mais ce chef apparem-ment sera un homme, et comme tel méchant aussi. Voici doncl’autorité placée entre des mains disposées à en abuser, etdans ce poste élevé la dépravation va se produire en raisonde la puissance. Pour éviter de s’entre-dévorer, les popu-lations se seront mises à la merci d’un homme qui les dé-vorera. On ne peut pas réprouver l’espèce humaine enmasse, et croire quelle fournira des exceptions pour lesseuls pasteurs des peuples. On condamne alors des êtresinsociables et méchants à vivre sous le joug d’un être mé-chant et- insociable. Avec sa logique pessimiste, c’estpourtant là que Hobbes est amené. Il y a plus : quand on