HOBBES ET HARRINGTON.
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qu’elle était, exposée au trouble, incertaine du lendemain :seulement elle s’est dessaisie de tout ce qui faisait sa parureet sa force. Les idées absolues ont toujours cet inconvénient,de ne pas s’adapter aux réalités de la vie humaine, qui secompose de tempéraments et de transactions. Tout ce quisc produit, tout ce qui se fait ici-bas, manifeste un caractèreessentiellement relatif; relatif quant au temps, relatif quantà l’espace. Sous des types en apparence stationnaires, l’hu-manité se modifie d’une manière profonde, et chacune deces métamorphoses est accompagnée des angoisses insépa-rables de tout enfantement. Ceux donc qui voudront enfer-mer l’humanité dans un système rigoureux, inflexible, s’éga-reront comme l’a fait Hobbes, et n’auront pas au mêmedegré que lui ee talent de dialectique qui l’a placé au rangdes esprits les plus originaux de l’Angleterre.
En jugeant ce philosophe sur ses écrits, on serait tentéd’y voir un misanthrope que se tenait à l’écart du mondepour mieux le juger, et se défiait d’un contact qui assou-plit toujours les convictions. Hobbes n’était rien moins quecela. Aubrey, son contemporain, qui a écrit sa vie, le peintcomme un homme aimable, spirituel et même un peu caus-tique. Ses relations étaient des plus sûres. Le comte de De-vonshire lui voua un attachement qui ne se démentit jamais,et qui fait autant d’honneur au maître qu’à l’élève. Dansles orages de sa vie, Hobbes trouva toujours chez ce seigneurun asile contre la persécution, et ce fut dans un de ses châ-teaux, à Hardwick, qu’il s’éteignit en 1679, à lage dequatre-vingt-douze ans. Il faut croire que cette mort futpaisible quoi qu’aient pu écrire les biographes qui l’accu-sent d’athéisme, et lui reprochent de n’avoir pas soutenuson rôle jusqu’au bout avec une égale fermeté. La vie deHobbes se partagea , pour ainsi dire, entre la France et
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