HOBBES ET HARRINGTON.
260
I à canon, de la boussole et des verres lenticulaires : il y eûtsans doute ajouté l’attraction newtonienne, s’il eût écrit qud-; ques années plus tard. Quoi qu’il en soit, Harrington fon-! dait son égalité politique sur l’équilibre du pouvoir et de lapropriété. Dans son système, une répartition agraire, com-, binée en vue du rang de chaque individu, et qui ne pour-! rait être ni agrandie, ni réduite, devait empêcher les indi-; vidus et les castes d’opprimer la masse à l’aide d’unmonopole territorial. Suivant lui, tous les États de l’Europerégis par les institutions féodales et marqués du sceau dela domination gothique, étaient jetés dans de perpétuelsdésordres par le manque de contre-poids. Le manque decontre-poids dans le règne d’un seul homme amenait latyrannie ; dans celui du petit nombre, l’oligarchie ; danscelui de la multitude, l’anarchie et la révolte. Tout défautd’équilibre, toute altération dans ce contre-poids nécessaire,livraient les États à des fluctuations sans fin, à des souf-frances, à des désordres. Comme preuves à l’appui de saproposition, Harrington invoquait l’histoire des gouverne-ments éteints et celle des gouvernements en cours d’expé-rience. Il avait apporté à cette recherche un soin si minu-tieux et si attentif, qu’il était parvenu à constater que lesrois d’Angleterre avaient, depuis la proclamation de lagrande charte, porté trente fois atteinte à ce pacte poli-tique, et que sous Charles I er cette violation presque inaperçuene s’était pas répétée moins de neuf fois. On peut ajouterqu’il en est ainsi de toutes les chartes.
Cet équilibre nécessaire dans la propriété, ces limitesinfranchissables devant la base de la république, les assisessupérieures allaient se composer d’une magistrature orga-nisée d’après un mode particulier h Harrington. Celte ma
gislrature résultait d’une élection par la voie du scrutin
2 *.