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elle se renouvelait à l’aide d’un roulement. Uu sénat nomméà la majorité de suffrages toujours libres, toujours sincères,était investi du pouvoir , et à des époques déterminées letiers de ses membres se retirait pour faire place à d’autres.Par ces éliminations obligatoires et ces acquisitions succes-sives, cette assemblée écoulait scs vieux éléments pour s’in-fuser une vie nouvelle; et l’autorité souveraine, à la foismuable et fixe, rajeunissait sa physionomie et maintenaitson intégrité. Tel était l’idéal d’Harrington. Dans ce régimefondé sur une égalité systématique, aucune faction ne pou-vait surgir pour s’attribuer soit la puissance, soit les ri-chesses. L’élection réglait l’une, la loi limitait les autres.Dès lors, plus de révoltes, plus de luttes : de quoi auraient-elles pu naître? Un peuple n’allcute pas à son repos sansmotif, et ne se condamne pas à un suicide gratuit. Quandl’intérêt public prévaut, ce sont les lois qui gouvernent;quand l’intérêt privé prend le dessus, ce sont les hommes.Harrington repoussait le gouvernement des hommes, il ap-pelait le gouvernement des lois. On voit que rien ne manqueà son idylle, pas même une certaine sagacité dans les aperçus.
Harrington n’était pas, bien s’en faut, l’admirateurd’une monarchie tempérée, et il n’est pas inutile, à cesujet, de reproduire quelques-uns des reproches fort justesqu’il adresse à cette forme de gouvernement : « Dans une» monarchie tempérée d’aristocratie, dit-il, la noblesse» pesant à la fois sur le roi et sur le peuple, le roi est» obligé tout à la fois de combattre la noblesse dans l’in-» térèt du peuple, et le peuple dans l’intérêt do la noblesse.» De son côté, le peuple a deux ennemis, les nobles et les souverain, et il s’insurge contre eux. La lutte dure aiusi» jusqu’à ce que l’un de ces deux pouvoirs absorbe les deux" autres ou qu’ils s’affaiblissent tous les trois dans ces