HOBBES ET HARRINGTON.
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» cliocs quotidiens, au point de devenir une proie offerte» à un Etat mieux constitué et plus puissant. Une monar-» chie tempérée n’est donc pas un bon régime ; mais, s’il» est vrai que de telles conditions d’énervement et de dc-• cadence ne puissent pas se produire dans notre Oceann ,
» on sera obligé de convenir que c’est là une excellente,
» une parfaite, une immortelle république ! »
Quel enthousiasme d’auteur !
On se tromperait toutefois, si l’on allait croire que l’égalitéde Harrington est l’égalité vulgaire que poursuivent les dé-mocrates nivcleurs. L’auteur de VOccana s’empresse, aucontraire, d’exprimer des réserves et de maintenir des dis-tinctions dans les rangs de la société. Il va plus loin : ilassure que, depuis Moïse, toute république a eu pour fon-dateur un gentilhomme; car, dit Harrington, le génie de lapoésie, de la législation, des arts , des lettres, peut visitertoutes les professions ; mais le génie de la politique est l’a-panage exclusif du gentilhomme. Et plus loin,il ajoute : « II» est tout aussi impossible de se figurer une armée composée» de soldats sans officiers, ou d’officiers sans soldats, qu’une» république digne de ce nom composée d’un peuple sans» noblesse et d’une noblesse sans peuple. » Etrange con-tradiction ! Voici un esprit téméraire, qui n’a rien res-pecté dans la sphère politique, qui voue les fortunes à unemutilation légale, soumet le pouvoir à un système de rotationincessante, ne respecte rien de ce qui est, ni institutions,ni coutumes, ni préjugés, et pourtant, au milieu des ruinesqu’il a faites, ce novateur impitoyable se souvient qu'il estissu d’une ancienne famille, qu’il est gentilhomme, et, parun retour sur ses idées, il déclare qu’il n’y a pas, sans gen-tilshommes, de république possible. Le cœur humain a vrai-ment des capitulations singulières.