HOBBES ET lURlUNGTON.
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naissance du public. Ainsi l’idce était déflorée; elle couraitla ville, exposée à tous les commentaires. Ces indiscrétionslui furent fatales. On sut qu’il s’agissait d’un équilibre à éta-blir entre le pouvoir et la propriété, et l’on trouva que c’é-tait beaucoup de bruit pour une petite découverte. Tantque le secret s’était maintenu, et qu’il avait été seulementquestion d’un plan de gouvernement dont on se promettaitdes merveilles, un grand émoi s’était manifesté au sein despartis politiques triomphants ou abattus. Les pachas du nou-veau sultan, les lords et les majors généraux du Protecteurse sentirent mal à l’aise sur leurs sièges usurpés, tandis queles cavaliers, qui connaissaient les sympathies républicainesdeHarrington, lui adressaient devifs reproches de son adhé-sion publique à des doctrines subversives. Cela dura tautque YOceana fut une énigme : ébruitée, elle u’cflïaya pluspersonne. On comprit que c’était plutôt l’œuvre d’un utopisteque celle d’une politique pratique. Les craintes se calmè-rent; la curiosité même s’émoussa. Cependant la publica-tion, ainsi compromise, ne pouvait plus être différée. Lesamis et les ennemis de Harrington la sollicitaient également ;le soin de sa gloire et de son honneur lui en faisait un de-voir. Il obéit aux circonstances, et livra son manuscrit à uneimpression hâtive, faite par pièces et morceaux, distribuéedans divers ateliers. La première édition de YOceana portele témoignage de cette exécution en quelque sorte impro-visée ; on y remarque un singulier mélange de types et decaractères, les uns romains, les autres italiques, le tout cou-ronné par une incroyable table d 'errata, qui forme plusieurspages in-folio, et à doubles colonnes. Les partisans deCromwell attendaient leur proie; ils étaient impatients depouvoir la dévorer. Harrington a comparé lui-même lesmésaventures de son malheureux volume à celles d’un gi-