536
ANNIVERSAIRE
NOTE. On voit que la motion de Condorcet portait unique-ment sur les titres de noblesse, les titres généalogiques. L’aboli-tion des titres nobiliaires avait déjà été ordonnée par un décretdu 19 juin 1790, sanctionné par le roi le 23 (1) de la mêmeannée.
Il a plu au Journal des Débats de transformer ces titres nobi-liaires en volumes de documents relatifs à l’histoire de France,laborieusement rassemblés par les Bénédictins de Saint-Maur.Voici le passage; il est curieux :
« Ce ne fut qu’en 1762 , sous Louis XV, et durant le ministère« de M. Bertin, que furent ordonnées les recherches et la réunion« de tous les documents historiques qu’il serait possible de décou-
« vrir dans le royaume.Dès lors tous les travaux commen-
« cèrent avec une grande activité. Les Bénédictins de Saint-Maur«s’associèrent à cette entreprise; les manuscrits arrivaient en« foule, et le premier volume , contenant les chartes et diplômes« de la première race, allait paraître, lorsque la révolution éclata.« Les fonds furent supprimés, et une grande partie des documents« recueillis furent brûlés sur la place des Piques (place Vendôme)« le 22 février 1793. C’est Condorcet qui avait fait la motion
« DE CET ACTE DE VANDALE (2) ! »
( Journal des Débats , reproduit par le Journal généralde l’instruction publique du 17 avril i 834 .)
Quatre ans après, M. Alfred Nettement publie, dans la Gazettede France , une Histoire politique et littéraire du Journal desDébats , et là, au milieu d’une chaleureuse tirade sur l’impiété
(1) Loi en forme de lettres patentes qui abolit la noblesse héréditaire et lestitres nobiliaires. Coll. off. du Louvre, tom. I, p. g 5 o.
(2) Pour ne laisser dans l’esprit le plus défiant aucun doute sur la naturedes pièces brûlées ce jour-là sur la place Vendôme, nous transcrivons les pa-roles du Moniteur :
« Paris. — Le vendredi 22 février 1793, il sera brûlé, sur la place des Pi-" ques, 347 volumes et 35 boites, formant le reste des titres et pièces génêa-•> logiques qui composaient le cabinet des anciens ordres. »
Il n’est pas question là des chartes et diplômes de la première race.
Il est superflu de dire qu’il 11’existe au Moniteur aucune trace d’une motionde Condorcet, ni d’un autre, tendant à faire brûler des livres.