584 FRAGMENT DE JUSTIFICATION.
il pouvait croire nécessaire de la conserver encoreen France : une erreur de bonne foi est toujours ex-cusable; mais devait-il faire insulter par des hom-mes qui lui appartenaient une opinion qui étaitaussi la sienne? Pouvait-il devenir tout à coup lezélé partisan d’un roi, précisément parce que ce roiavait violé ses serments, et l’ayant par sa fuiteexposé lui-même à la fureur populaire, l’avait forcéà recevoir le secours humiliant de ses ennemis dé-clarés ? Comment un républicain pouvait-il se met-tre à la tête d’une persécution contre les républi-cains? Je lui écrivis le 17 juillet 1791 : Depuis douzeans vous êtes compté parmi les défenseurs de la li-berté ; si vous ne changez de conduite , encore quel-ques jours , et vous serez compté parmi ses oppres-seurs. Le soir même, ma prophétie fut accomplie,et je ne l’ai pas revu depuis.
La place que j’avais à la Trésorerie nationale n’é-tait pas soustraite à la dépendance du pouvoir exé-cutif, et la constitution n’assurait pas assez la libertécontre un roi et des ministres qui en étaient les en-nemis, pour que l’on pût regarder la nouvelle As-semblée nationale comme une législature ordinaire.Je devais donc, en perdant l’espérance de servir monpays dans une place d’administration, désirer desoutenir ailleurs la cause de la révolution, c’est-à-dire, celle d’une liberté réelle , celle de l’égalité.
Je fus nommé député à l’Assemblée législative (1),
(1) Le 26 septembre 1791, par l’Assemblée électorale de Pa-ris. Il y eut trois tours de scrutin ; Condorcet obtint au troisièmetour 35i voix; il fut nommé.