1 84 Éloge de m. de la condamine.
ses observations, ses calculs, les fruits de neuf annéesde travaux étaient perdus : il ne songea pas seule-ment au danger de sa vie. Le lendemain il passa lePongo, et parcourut cette galerie tortueuse, bor-dée de rochers qui semblent se réunir à leur sommet,où l’on ne reçoit la lumière que d’en haut, à traversles branches entrelacées des arbres qui pendent surle torrent, et forment un berceau sur la tête duvoyageur étonné. Malgré la rapidité extrême du cou-rant, M. de la Condamine observait la largeur dupassage, son étendue, sa direction, la vitesse del’eau, et la hauteur des rochers contre lesquels letorrent emportait son radeau.
En partant de Borja, il descendit le fleuve dansun espace de quatre ou cinq cents lieues, à traversdes forêts impraticables, où l’on a peine à aperce-voir la terre, cachée sous un amas immense déplantéset de débris de végétaux qui la couvrent. On nepourrait trouver une pierre dans tout cet espace.Depuis la formation de ce continent, la nature,abandonnée à elle-même, y a préparé une coucheépaisse de terre végétale, trésor qu’elle destine àl’hoinme, lorsque, bien convaincu, enfin, que l’or del’Amérique n’a pas rendu l’Europe plus heureuse,il n’ira plus y chercher que le repos, le bonheur, unbeau ciel et une terre fertile.
Quelques peuplades sauvages errent sur les bordsdu fleuve ; mais depuis que les Européens y ont paru,les indigènes se sont enfoncés dans les terres. Ceshommes ont peu d’idées, parce qu’ils ont peu debesoins; leurs langues sont pauvres; les objets de