IiLOGE DE M. DE LA CONDAMINE. 1 85
leurs désirs sont en petit nombre : mais leur indo-lence, que nous appelons stupidité, prouve que leurétat ne leur est point insupportable, tandis que cetexcès d’activité, dont nous sommes si vains, neprouve peut-être autre chose que l’excès de nos mi-sères. Les noms qui désignent des idées abstraitesleur sont même inconnus : ils n’ont point de termespour nommer la vertu ; mais ces sauvages, sans mo-rale et même sans religion, se servent, pour lachasse, de flèches empoisonnées, dont la moindreblessure donne une mort sûre et prompte ; et cettearme terrible, jamais ils ne l’ont employée, mêmecontre leurs ennemis.
Parmi ces peuples, il en est un qui a la singulièrecoutume d’aplatir, entre deux ais , la tète des enfantsnouveau-nés; ce n’est pas qu’en les condamnant parcette opération à une imbécillité incurable, ils aientcru rendre leur bonheur assuré, comme l’ont ima-giné quelques philosophes, qui supposent que cesont la prévoyance et la réflexion qui rendent nosmaux si amers : ces peuples ne veulent que procu-rer à leurs enfants l’avantage de ressembler à lapleine lune.
M. de la Condamine arriva enfin à Cayenne; ilavait levé une carte exacte du cours de la rivière desAmazones ; il avait recueilli des observations surtous les objets qui peuvent intéresser un philosophe:mais il y avait en vain cherché ce peuple de femmesarmées, qu’une tradition ancienne plaçait sur lesbords du Maragnon. On y avait vu, disait-on, destroupes de femmes guerrières : le reste n’était, se-