ÉLOGE DE M. TRUDAINE. 229
que par la simplicité des moyens. Mais pour n’êtrepoint trompé en ce genre, il faut être en état non-seulement de juger les projets qu’on a sous lesyeux; il faut encore savoir deviner en quelque sortes’il n’existe point d’autres moyens ou meilleurs, oumoins dispendieux, moyens que des motifs secretsont pu écarter des yeux de l’administrateur : il fautêtre supérieur en lumières à ceux dont on doitcraindre ou ia vanité ou l’intérêt; il faut être dé-fendu par l’amour du bien public contre l’illusiond’une gloire passagère et contre le goût du grand,si puissant sur les âmes élevées. Nous ne dirons pasici que M. Trudaine n’ait jamais été entraîné dansdes projets inutiles et magnifiques, que, rendu à lui-même, il eût désapprouvés : et quel homme en place,obligé de combattre sans cesse les intérêts particu-liers , toujours réunis contre l’intérêt du peuple,n’aurait pas eu, dans l’espace de vingt ans, un mo-ment d’erreur? Du moins il succomba rarement; etsi le devoir de rendre justice à la mémoire des mortspouvait autoriser à dire aux vivants des vérités dureset inutiles, nous pourrions citer des exemples re-marquables, où il opposa son courage et ses lu-mières à des projets imposants, mais ruineux, célé-brés par la voix publique, et condamnés par lejugement des hommes éclairés. Nous pouvons ajou-ter que M. Trudaine a fait plus encore, qu’il a eule courage de réparer ce qu’il regardait comme unefaute : nous l’avons vu souscrire avec empressementà la loi qui réduisait à une largeur nécessaire auxbesoins de la circulation , ces grands chemins dont