390 ÉLOGE DE M. LE COMTE ü’aRCI.
Dans un voyage qu’il fit en Irlande en 1 767, un deses oncles lui offrit une fortune considérable s’ilvoulait s’y établir; il la refusa, ne voulant pas ha-biter dans un pays libre en apparence, mais que,par des formalités tyranniques, l’Angleterre tenaitsous le joug, dans un pays où il fallait vivre privédes droits de citoyen, si on ne voulait les acheter parun parjure.Il passa à Londres dans le même voyage:les Anglais le traitèrent comme un homme qui fai-sait honneur à la nation britannique, et qui, parson refus même de rester sous leur domination,avait acquis un nouveau titre à leur estime : son nomcependant ne fut point inscrit dans la liste de laSociété royale, la loi l’avait proscrit; mais l’estimepublique et la générosité de la nation anglaise pro-tégeaient sa personne contre les attentats de la loi.Ainsi, chez ce peuple si orgueilleux de sa libertéet de sa législation, il existe aussi des lois aux-quelles la raison et l’honneur défendent d’obéir.
La mort a frappé M. d’Arci précisément dans l’ins-tant où la nation irlandaise allait reprendre, par soncourage, une liberté que ses divisions et le fana-tisme lui avaient fait perdre : il aurait vu les ministresd’Angleterre forcés de reconnaître des droits quiappartiennent aux Irlandais, comme hommes plutôtencore que comme citoyens, et dont la justice nepermet pas à une nation de priver un peuple surlequel elle croit avoir le droit de régner : il auraitvu la conduite ferme et modérée de ses compa-triotes, forcer la nation anglaise à entendre assezbien les intérêts de sa puissance et de son bonheur,