VIE DE VOLTAIRE.
I o4
Heureusement , l’honneur d’avoir donné l’ Ency-clopédie à l’Europe compensa pour la France lahonte de l’avoir persécutée. Elle fut regardée, avecjustice, comme l’ouvrage de la nation, et la persé-cution comme celui d’une jalousie ou d’une politiqueégalement méprisables.
Mais la guerre dont Y Encyclopédie était l’occasion,ne cessa point avec la proscription de l’ouvrage :ses principaux auteurs et leurs amis, désignés parlenom de philosophes et d ’encyclopédistes , qui deve-naient des injures dans la langue des ennemis de laraison, lurent forcés de se réunir par la persécutionmême, et Voltaire se trouva naturellement leur chef,par son âge, par sa célébrité, son zèle et son génie.
II avait depuis longtemps des amis et un grand nom-bre d’admirateurs; alors il eut un parti. La persécu-tion rallia sous son étendard tous les hommes dequelque mérite, que peut-être sa supériorité auraitécartés de lui, comme elle en avait éloigné leurs pré-décesseurs; et l’enthousiasme prit enfin la place del’ancienne injustice.
C’est dans l’année 1760 que celte guerre littérairefut la plus vive. Le Franc de Pompignan, littérateurestimable et poète médiocre, dont il reste une bellestrophe, et une tragédie faible où le génie de Virgileet de Métastase 11’ont pu le soutenir, fut appelé àl’Académie française. Revêtu d’une charge de magis-trature, il crut que sa dignité, autant que ses ouvra-ges , le dispensaient de toute reconnaissance; il sepermit d’insulter, dans son discours de réception,les hommes dont le nom faisait le plus d’honneur à