LA VOIX Dü SAGE. 24<)
par quelques ministres, les aidait à faire disgracier lecontrôleur général qui osait rendre ce service à sapatrie. Or le clergé raisonnait ainsi : notre bien estle bien des pauvres; donc ce serait un sacrilège, si,au lieu d’enlever aux pauvres leur nécessaire pour sub-venir aux dépenses de l’État, on nous prenait unefaible partie de notre superflu. Nous étions exempts,comme la noblesse, des anciennes taxes ; donc nousne devons pas payer les nouvelles taxes que la no-blesse paye comme le reste des citoyens; et la no-blesse qui, sous Louis XIV, s’est assemblée pour untabouret, et sous Louis XV pour un menuet, nes’assembla point pour défendre ses droits contre lesprêtres, et elle continua de payer gaiement pour leclergé. Prétendre, comme les Anglais, qu’on ne peutêtre taxé légitimement qu’avec le consentement desreprésentants du peuple, c’est soutenir un des droitsdes hommes. Prétendre, comme le clergé de France,qu’un corps particulier doit ne payer que comme ilveut, et rejeter à son gré le fardeau des dépensespubliques sur le reste des citoyens, c’est insulter aubon sens et à la nation.
Les dîmes levées par le clergé sont un impôt quis’oppose par sa nature à tout perfectionnement dansla culture. Les moines mendiants sont un autre im-pôt très-nuisible au peuple, auquel ils enlèvent cequi lui aurait donné un peu d’aisance ou formé quel-ques épargnes.
Ainsi, en France, non-seulement le clergé nepaye point les impôts, mais il en lève à son profitde très-considérables.