LETTRE
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feraient ces principes, si vous les adoptiez? Ils dé-placeraient les divers pouvoirs : niais comme vousn’avez ni noblesse ni clergé à détruire; comme vosdroits féodaux, librement conservés par d’anciennesconventions , ne peuvent être chez vous l’objet d’unmouvement général ; comme vos impôts sont légers,vous n’avez à craindre aucune de ces agitations quisoulèvent à la fois toute la masse d’une nation.
D’ailleurs, vos chefs se flatteraient-ils de faire croireéternellement aux Helvétiens qu’ils tiennent leur li-berté, non de la nature, mais de chartes écrites ily a quelques siècles, et qu’ils doivent rester éternel-lement soumis aux gouvernements que ces chartesont établis; que les hommes du quatorzième , duquinzième, du seizième siècle avaient bien le droit dese donner les lois les plus propres à faire leur bon-heur, mais que ce serait un crime pour leurs descen-dants de vouloir exercer ce même droit dans le dix-huitième siècle; qu’alors les hommes étaient assezéclairés, assez sages pour choisir la constitution quileur convenait, mais que depuis qu’ils savent lire,depuis que les vérités fondamentales de l’ordre socialont été analysées et discutées chez tant de peuples, ilssont devenus incapables de faire ce choix? Ces chefss’imaginent-ils faire croire encore longtemps à leursconcitoyens que la qualité de bourgeois de telle ou telleville, transmise par héritage, ou acquise suivant unecertaine forme, donne sur les habitants d’un territoireun droit de souveraineté éternel et irrévocable?
Non sans doute; le principe des constitutions amé-ricaine et française,celui de la souveraineté inaliénable