Band 
Tome douzième.
Seite
612
JPEG-Download
 

6 12 JOURNAL n’iNSTRUCTION SOCIALU.

devait être le patrimoine que de quelques hommes.

Satisfaits de la gloire de l’avoir trouvée, ils necherchaient à la répandre que parmi ceux dont lesuffrage flattait leur amour-propre. Souvent mêmeils se plaisaient à la cacher; on voulait bien avoirdes disciples ou des lecteurs, maison abandonnaitla masse entière des hommes à son inattention et àses erreurs.

Ainsi, des préjugés, depuis longtemps détruitspour les sages, continuaient d’asservir les nations.De nouvelles vérités agrandissaient la sphère de laraison humaine; mais elles demeuraient inutiles aubonheur des hommes qui ne les connaissaient pas.

Cependant il ne peut y avoir ni vraie liberté, nijustice, dans une société, si l’égalité n’y est pas réelle;et il ne peut y avoir d’égalité, si tous ne peuventacquérir des idées justes sur les objets dont la con-naissance est nécessaire à la conduite de leur vie.L’égalité de la stupidité n’en est pas une, parce qu’iln’en existe point entre les fourbes et leurs dupes;et que toute société qui n’est pas éclairée par desphilosophes est trompée par des charlatans.

Nous ne pouvons en avoir ici qu’une espèce àcombattre : les charlatans politiques. Tous ne sontpas des César ou des Cromwell; mais, en ce genre,il suffit d’un médiocre talent, et souvent d’un bienpetit intérêt, pour faire beaucoup de mal. Tous sui-vent la même marche; tous veulent être les favorisdu peuple, afin d’en devenir les tyrans. Tous ca-lomnient la vertu , jusqu’à ce qu’ils aient le pouvoirde la persécuter. Tous haïssent les talents qui ne