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HISTOIRE DE CHARLES XII.
mes hiiit mille braves Suédois je ne passe sur le corpsà quatre-vingt mille Moscovites?" Un moment après,craignant qu’il n’y eût un peu de fanfaronnade dans ses paroles,il courut lui-même après cet officier: „N’êtes-vous donc pasde mon avis? lui dit-il. N’ai-je pas deux avantages sur lesennemis; l’un que leur cavalerie ne pourra leur servir, etl’autre que, le lieu étant resserré, leur grand nombre ne feraque les incommoder? et ainsi je serai réellement plus fortqu’eux." L’officier n’eut garde( 27 ) d’être d’un autre avis, eton marcha aux Moscovites à midi, le 30 uovembr'e 1700.
Dès que le canon des Suédois eut fait brèche aux retran-chemens, ils s’avancèrent la baïonnette au bout du fusil, ayantau dos une neige furieuse qui donnait; 28 ) au visage des enne-mis. Les Russes se firent tuer pendant une demi-heure sansquitter le revers des fossés. Le roi attaquait à la droite ducamp, où était le quartier du czar; il espérait le rencontrer,ne sachant pas que l’empereur lui-même avait été chercherces quarante mille hommes, qui devaient arriver dans peu.Aux premières décharges de la mousqueterie ennemie, le roireçut une balle à la gorge; mais c’était une balle morte quis’arrêta dans les plis de sa eravate noire, et qui ne lui fit au-cun mal. Son cheval fut tué sons lui. M. de Spaar m’a ditque le roi sauta légèrement sur un autre cheval, en disant:„Ces gens-ci me font faire mes exercices;" et continua decombattre et de donner les ordres avec la même présenced’esprit. Après trois heures de combat, les retranehemensfurent forcés de tous côtés. Le roi poursuivit la droite jusqu’àla rivière de Narva avec son aile gauche, si l’on peut appelerde ce nom environ quatre mille hommes qui en poursuivaientprès de quarante mille. Le pont rompit sous les fuyards: larivière fut en un moment couverte de morts ; les autres, déses-pérés, retournèrent à leur camp sans savoir où ils allaient.Ils trouvèrent quelques baraques derrière lesquelles ( !!l ) ils semirent; là ils se défendirent encore, parce qu’ils ne pouvaientpas se sauver: mais enfin leurs généraux DolgorouUy, Gollof-kin, Fédérowitz, vinrent se rendre an roi, et mettre leursarmes à ses pieds. Pendant qu’on les lui présentait arriva leduc de Croi, général de l’armée, qui venait se rendre lui-même avec trente officiers.
Charles reçut tous ces prisonniers d’importance avec unepolitesse aussi aisée et un air aussi humain que s’il leur eûtfait dans sa cour les honneurs d’une fête. Il ne voulut gar-der que les généraux. Tous les officiers subalternes et lessoldats furent conduits désarmés jusqu’à la rivière de Narva: