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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

on en frappa une qui le représentait d’un côté sur un piédes-tal, où paraissaient enchaînés un Moscovite, un Danois, unPolonais ; de l’autre était un Hercule armé de sa massue, te-nant sous ses pieds un Cerbère, avec cette légende: Très unocontudit ictu ( li ).

Parmi les prisonniers faits à la journée de Narva on envit un qui était un grand exemple des révolutions de la for-tune: il était fils aîné et héritier de la couronne de Géorgie;on le nommait czarafis Artschelou : ce titre de czarafis signifieprince ou fils du czar, chez tous les Tartares comme en Mos-covie; car le mot de czar ou tzar voulait dire roi, chez lesanciens Scythes, dont tous ces peuples sont descendus, et nevient point des Césars de Rome, si long-temps inconnus àces baibares. Son père Mittelleski, czar et maître de la plusbelle partie des pays qui sont entre les montagnes d’Araratet les extrémités orientales de la mer Noire, avait été chasséde son royaume par ses propres sujets, en 1688, et avaitchoisi de se jeter entre les bras de l’empereur de Moscovieplutôt que de recourir à celui des Turcs. Le fils de ce roi,âgé de dix-neuf ans, voulut suivre Pierre-le-Grand dans sonexpédition contre les Suédois, et fut pris en combattant, parquelques soldats finlandais qui l’avaient déjà dépouillé, et quiallaient ( 3S ) le massacrer. Le comte Renscliild l’arracha deleurs mains, lui fit donner un habit, et le présenta à sonmaître. Charles l’envoya à Stockholm, où ce prince malheu-reux mourut quelques années après. Le roi ne put s’empê-cher, en le voyant partir, de faire tout haut devant ses offi-ciers une réflexion naturelle sur l’étrange destinée d’un princeasiatique, né au pied du mont Caucase, qui allait vivre captifparmi les glaces de la Suède: ,,C’est, dit-il( 30 ), comme sij’étais un jour prisonnier chez les Tartares de Crimée.“Ces paroles ne firent alors aucune impression; mais dans lasuite on ne s’en souvint que trop, lorsque l’évènement en eutfait une prédiction.

Le czar s’avançait à grandes journées avec l’armée dequarante mille Russes, comptant envelopper son ennemi detous côtés. Il apprit à moitié chemin la bataille de Narva etla dispersion de tout son camp. Il ne s’obstina pas à vouloirattaquer avec ses quarante mille hommes sans expérience etsans discipline un vainqueur qui venait d’en détruire quatre-vingt mille dans un camp retranché; il retourna sur sespas, poursuivant toujours le dessein de discipliner ses troupespendant qu’il civilisait ses sujets. „Je sais bien, dit-il ( 30 ),que les Suédois nous battront long-temps; mais à la fin ils