LIVRE U.
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nous apprendront eux-mêmes à les vaincre. 11 Moscou, sa ca-pitale, fut dans l’épouvante et dans la désolation à la nou-velle de cette défaite. Telle était la fierté et l’ignorance dece peuple, qu’ils crurent avoir été vaincus par un pouvoirplus qu’humain, et que les Suédois étaient de vrais magiciens.Cette opinion fut si générale que l’on ordonna à ce sujet desprières publiques à S. Nicolas, patron de la Moscovie. Cetteprière est trop singulière pour( 37 ) n’être pas rapportée; lavoici :
„0 toi qui es( 3S ), notre consolateur perpétuel dans toutesnos adversités, grand S. Nicolas, infiniment puissant, par quetpéché t’avons-nous offensé dans nos sacrifices, génuflexions,révérences, et actions de grâces, pour que tu nous aies ainsiabandonnés ? Nous avions imploré ton assistance contre ces ter-ribles, insolens, enragés, épouvantables, indomtables destruc-teurs, lorsque, comme des lions et des ours qui ont perdu leurspetits, ils nous ont attaqués, effrayés, blessés, tués par milliers,nous qui sommes (“) ton peuple. Comme il est impossibleque cela soit arrivé sans sortilège et enchantement, nous tesupplions, .ô grand S. Nicolas, d’être notre champion et notreporte-étendard, de nous délivrer de cette foule de sorciers, etde les chasser bien loin de nos frontières avec la récompensequi leur est due.“
Tandis que les Russes se plaignaient à S. Nicolas deleur défaite, Charles XII faisait rendre grâces à Dieu, et sepréparait à de nouvelles victoires.
Le roi de Pologne s’attendit bien que son ennemi, vain-queur des Danois et des Moscovites, viendrait bie^^^bndresur lui. Il se ligua plus étroitement que jamais av^^B czar.Ces deux princes convinrent d’une entrevue pour prendreleurs mesures de concert: ils se virent à Birzen, petite villede Lithuanie, sans aucune de ces formalités qui ne serventqu’à retarder les affaires, et qui ne convenaient ni à leur si-tuation ni à leur humeur. Les princes du nord se voientavec une familiarité qui n’est point encore établie «flans lemidi de l’Europe. Pierre et Auguste passèrent quinze’joursensemble dans des plaisirs qui allèrent jusqu’à l’excès; car leczar, qui voulait réformer sa nation, ne put jamais corrigerdans lui-même «son penchant dangereux pour la débauche.
Le roi dé Pologne s’engagea à fournir au czar cinquantemille hommes de troupes allemandes, qu’on devait acheter dedivers princes, et que le czar devait soudoyer. Celui-ci ( 33 ) deson côté devait envoyer cinquante mille Russes en Polognepour y apprendre l’art de la guerre, et promettait de payer