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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

peu pins grande que la France, moins peuplée quelle, maispins que la Suède: ses peuples, ne sont chrétiens que depuisenviron sept cent cinquante ans. C’est une chose singulièreque la langue des Romains, qui n’ont jamais pénétré dans cesclimats, ne se parle ( 43 ) aujourd’hui communément qu’en Po-logne; tout y parle latin jusqu’aux domestiques. Ce grandpays est très fertile; mais les peuples n’en sont Que moinsindustrieux. Les ouvriers et les marchands qu’on voit en Po-logne sont des Ecossais, des Français, sur-tout des Juifs;ils y ont près»de trois cents synagogues, et à force de mul-tiplier ils # en seront chassés comme ils l’ont été d’Espagne:ils achètent à vil prix les bleds, les bestiaux, les denrées dupays, les trafiquent à Dantzick et en Allemagne, et vendentchèrement aux nobles de quoi satisfaire l’espèce de luxe qu’ilsconnaissent et qu’ils aiment. Ainsi ce pays, arrosé des plusbelles rivières, riche en pâturages, en mines de sel, et couvertde moissons, reste pauvre malgré son abondance, parce quele peuple est esclave, et que la noblesse est iière et oisive.

Son gouvernement est la plus fidèle image de l’anciengouvernement celte et gothique, corrigé ou altéré par-toutailleurs : c’est le seul état qui -ait conservé le nom de répu-blique avec la dignité royale.

Chaque gentilhomme a le droit'de donner sa voix dansl’élection d’un roi, et de pouvoir l’être lui-même. Ce plusbeau des droits est joint au plus grand des abus : le trône est‘presque toujours à l’enchère; eP comme un Polonais est rare-ment as»z riche pour l’acheter, il a été vendu souvent auxétranger* La noblesse et le clergé défendent leur libertécontre leur roi, et l’ôtent au reste de la nation. Tout lepeuple y est esclave; tant la destiné.e des hommes est que leplus grand nombre soit par-tout, <^e façon ou d’autre, sub-jugué par le plus petit! là le paysan ne sème point pour lui,mais pour des seigneurs à qui lui, son champ et le travail deses mains, appartiennent, et qui peuvent le vendre et l’égor-ger avec le bétail, de la terre. Tout ce qui est gentilhomme ■,ne dépend que de soi; il faut, pour les juger dans une affairecriminelle, une assemblée entière de la nation ; il» ne peutêtre arrêté qu’après avo' r été comdamné: ainsi il n’est presquejamais puni. ,tl y en a beaucoup de pauvres; ceux-là se met-tent au service des plus ppissans, en reçoivent un salaire, fontles fonctions les plus basses. Ils aiment mieux servir leurségaux que de s’enrichir par le commerce, et en pansant léschevaux de leurs maîtres ils se donnent le titre d’électeursdes rois, et de destructeurs des tyrans.