Buch 
Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
Entstehung
Seite
36
JPEG-Download
 

- 36

HISTOIRE DE CHARLES XII.

droit qu’avaient à Rome les tribuns du peuple, de s’opposeraux lois du sénat; rai seul gentilhomme qui dit, Je proteste,arrête par ce mot seul les résolutions unanimes de tout lereste; et s’il part de l’endroit où se tient la diète, il faut (®)alors qn’elle se sépare.

On apporte aux désordres qui naissent de cette loi unremède pins dangereux encore. La Pologne est rarement sansdeux factions. L’unanimité dans les diètes étant alors im-possible, chaque parti forme des confédérations, dans lesquelleson décide à la pluralité des voix, sans avoir égard aux pro-testations du plus petit nombre. Ces assemblées, illégitimesselon les lois, mais autorisées par l’usage, se font au nom duroi, quoique souvent contre son consentement et contre sesintérêts ; à-peu-près comme la ligne se servait en France dunom de Henri III pour l’accabler; et comme en Angleterre leparlement, qui fit mourir Charles I sur un échafaut, commençapar mettre le nom du prince à la tête de toutes les résolu-tions qu’il prenait poui- le perdre. Lorsque les troubles sontfinis, alors c’est aux diètes générales à confirmer ou à casserles actes de ces confédérations ; une diète même peut changertout ce qu’a fait la précédente, par la même raison que dansles états monarchiques un roi peut abolir les lois de son pré-décesseur, et les siennes propres.

La noblesse, qui fait les lois de la république, en faitaussi la force ; elle monte à cheval dans les grandes occasions,et peut composer un coips de plus de cent mille hommes:cette grande armée, nommée pospolite, se meut (“) difficile-ment, et se gouverne mal; la difficulté des vivres et des four-rages la met dans l’impuissance de subsister long-temps as-semblée : la discipline, la subordination, l’expérience, lui man-quent; mais l’amour de la liberté qui l’anime la rend tou-jours formidable.

On peut la vaincre, ou la dissiper, ou la tenir même pourun temps dans l’esclavage; mais elle secoue bientôt le joug;ils se comparent eux-mêmes aux roseaux que la tempête

couche par terre, et qui se relèvent dès que le vent ne souffle

plus. C’est pour cette raison qu’ils n’ont point de places deguerre; ils veulent être les seuls remparts de leur république:ils ne souffrent jamais que leur roi bâtisse des forteresses, depeur qu’( 51 )il ne s’en sepve moins pour les défendre que pourles. opprimer. Leur pays est tout ouvert, à la réserve de

deux ou trois places frontières: que si dans leurs guerres, on

civiles, ou étrangères, ils s’obstinent à soutenir chez euxquelque siège, il faut faire à # la bâte des fortifications de terre,