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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

Le roi (le Pologne s’était flatté (l’abord que dans le besoinces deux années combattraient en sa faveur, que la pospolitepolonaise s’armerait à ses ordres, et que toutes ces forcesjointes aux Saxons, ses sujets, et aux Moscovites, ses alliés,composeraient une multitude devant qui le petit nombre desSuédois n’oserait paraître. 11 se vit presque tout-a-conp privéde ces secours par les soins mêmes qu’il avait pris pour lesavoir tous à la fois.

Accoutumé dans ses pays héréditaires au pouvoir absolu,il crut troj) peut-être qu’il pourrait gouverner la Polognecomme la Saxe. Le commencement de son règne fit des mé-contens; ses premières démarches irritèrent le parti qui s’étaitopposé à - son élection, et aliénèrent presque tout le reste.La Pologne murmura de voir ses villes l'emplies de garnisonssaxonnes, et ses frontières de troupes : cette nation, bien plusjalouse de maintenir sa liberté qu empressée à attaquer sesvoisins, ne regarda point la guerre du roi Auguste contre laSuède, et l’irruption en Livonie, comme une entreprise avan-tageuse à la république: on trompe difficilement une nationlibre sur ses vrais intérêts. Les Polonais sentaient que sicette guerre entreprise sans leur consentement était malheu-reuse, leur pays ouvert de tous côtés serait en proie au roide Suède; et que si elle était heureuse, ils seraient subjuguéspar leur roi même, qui, maître alors de la Livonie comme dela Saxe, enclaverait la Pologne entre ces deux pays. Danscette alternative, ou d’être esclaves du roi qu’ils avaient élu,ou d’être ravagés par Charles XII justement outragé, ils neformèrent qu’un cri contre la guerre, qu'ils crurent déclaréeà eux-mêmes plus qu’à la Suède; ils regardèrent les Saxonset les Moscovites comme les instrumens de leurs chaînes.Rientôt, voyant que le roi de Suède avait renversé tout cequi était sur son passage, et s’avancait avec une armée victo-rieuse au coeur de la Lithuanie, ils éclatèrent contre leur sou-verain avec d’autant plus de liberté qu’ils étaient malheureux.

Deux parfis divisaient alors la Lithuanie, celui des princesSapieha, et celui d’Oginski. Ces deux factions avaient com-mencé f 54 )par des querelles particulières dégénérées en guerrecivile. Le roi de Suède s’attacha les princes Sapieha; etOginski, mal secouru par les Saxons, vit son parti presqueanéanti. L’année lithuanienne, que ces troubles et le défautd’argent réduisaient à un petit nombre, était en partie disper-sée par le vainqueur. Le peu qui tenait pour le roi de Po-logne était séparé en petits corps de troupes fugitives quierraient dans la campagne, et subsistaient de rapines. Au-