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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE II.

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guste ne voyait en (“) Lithuanie que de l’impuissance dansson parti, de la haine dans ses sujets, et une armée ennemieconduite par un jeune roi outragé, victorieux, et implacable.

Il y avait à la vérité en Pologne une armée; mais aulieu d’être de trente-six mille hommes, nombre prescrit parles lois, elle n’était pas de dix-huit mille; non seulement elleétait mal payée et mal armée, mais ses ( so ) généraux ne sa-vaient encore quel parti prendre.

La ressource du roi était d’ordonner à la noblesse de lesuivre; mais il n’osait s’exposer à un refus, qui eût trop dé-couvert et par conséquent augmenté sa faiblesse.

Dans cet état de trouble et d’incertitude tous les palati-nats du royaume demandaient au roi une diète; de mêmecju’en Angleterre, dans les temps difficiles, tous les corps de

1 état présentent des adresses au roi pour le prier de convo-quer un parlement. Auguste avait plus besoin d’une arméeque d’une diète, où les actions des rois sont pesées. Il fallutbien cependant qu’il la convoquât, pour ne point aigrir lanation sans retour: elle fut donc'indiquée à Varsovie pour le

2 de décembre de l’année 1701. Il s’aperçut bientôt queCharles XII avait pour le moins autant de pouvoir que luidans cette assemblée. Ceux qui tenaient pour ( 57 ) les Sapieha,les Lubomirsky, et leurs amis, le palatin Leczinsky, trésorierdé la couronne, qui devait sa fortune au roi Auguste, et sur-tout les partisans des princes Sobiesky, étaient tous secrète-ment attachés au roi de Suède.

Le plus considérable de ses partisans, et le plus dange-reux ennemi <ju’eût le roi de Pologne, était le cardinal Rad-jouski, archevêque de Gnesen, primat du royaume, et prési-dent de la diète: c’était un homme plein d’artifice et d’obscu-rité dans sa conduite, entièrement gouverné par une femmeambitieuse, que les Suédois appelaient madame la Cardinale,laquelle ne cessait ( ss ) de le pousser à l’intrigue et à la fac-tion. Le roi Jean Sobiesky, prédécesseur d’Auguste, bavaitd’abord fait évêque de Varmie, et vice-chancelier du royaume.Radjouski, n’étant encore qu’évêque, obtint le cardinalat parla faveur du même roi: cette dignité lui ouvrit bientôt lechemin à celle de primat; ainsi, réunissant dans sa personnetout ce qui impose aux hommes, il était en état d’entreprendrebeaucoup impunément.

Il essaya son crédit après la mort de Jean, pour mettrele prince Jacques Sobiesky sur le trône; mais le torrent dela haine qu’on portait au père, tout grand homme qu’il était,on écarta le fils. Le cardinal primat se joignit alors h l'abbé