LIVRE III. 57
de sa mauvaise fortune, contre les armes victorieuses de sonennemi.
Ce dernier effort était l’éclat d’on feu qui s’éteint. Sestroupes, assemblées à la hâte, étaient ( 4 ) des Polonais prêts ( 5 )à l’abandonner à la première disgrâce, des recrues de Saxonsqui n’avaient point encore vu de guerres, des Cosaques vaga-bonds, plus propres à dépouiller des vaincus qu’à vaincre;tous tremblaient au seul nom du roi de Suède.
Ce conquérant, accompagné du roi Stanislas, alla chercherson ennemi à la tête de l’élite de ses troupes. L’arméesaxonne fuyait par-tout devant lui ; les villes lui envoyaient leursclefs de trente milles ( 6 ) à la ronde; il n’y avait )joint de jourqui ne fût signalé par quelque avantage. Les succès devenaienttrop familiers à Charles: il disait que c’était aller à la chasseplutôt que faire la guerre, et se plaignait de ne point acheterla victoire.
Auguste confia pour quelque temps le commandement deson armée au comte Schullefiibourg, général très habile, etqui avait besoin de toute son expérience à la tête d’une arméedécouragée. Il songea plus à conserver les troupes de sonmaître qu’à vaincre: il faisait la guerre avec adresse, et lesdeux rois avec vivacité. Il leur déroba des marches, occupades passages avantageux, sacrifia quelque cavalerie pour donnerle temps à son infanterie de se retirer en sûrete. Il sauvases troupes par des retraites glorieuses devant un ennemi aveclequel on ne pouvait guère alors acquérir que cette espècede gloire.
A peine arrivé dans le palatinat de Posnanie, il apprendque les deux rois, qu’il croyait à cinquante lieues de lui,avaient fait ces cinquante lieues en neuf jours. Il n’avait quehuit mille fantassins, et mille cavaliers ; il fallait se soutenircontre une armée supérieure, contre le nom du roi de Suède,et contre la crainte naturelle que tant de défaites inspiraientaux Saxons. Il avait toujours prétendu, malgré l’avis desgénéraux allemands, que l’infanterie pouvait résister en pleinecampagne, même sans chevaux de frise, à la cavalerie: il enosa faire ce jour-là l’expérience contre cette cavalerie victo-rieuse, commandée par deux rois, et par l’élite des générauxsuédois. Il se posta si avantageusement qu’il ne put êtreentouré: son premier rang mit le genou en terre; il étaitarmé de piques et de fusils ; les soldats extrêmement serrés
E résentaient aux chevaux des ennemis une espèce de rempartérissé de piques et de baïonnettes: le second rang, un peucourbé sur les épaules du premier, tirait par-dessus; et le