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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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74 HISTOIRE DE CHARLES XII.

détestaient également et leurs deux rois, et Charles XII, etle czar.

Le roi Stanislas partit d’Altranstad avec le général Ren-schild, seize régimens suédois, et beaucoup d’argent, pourapaiser tous ces troubles en Pologne, et se faire reconnaîtrepaisiblement. II fut reconnu par-tout où il passa: la disciplinede ses troupes, qui faisait mieux sentir la barbarie des Mosco-vites, lui gagna les esprits; son extrême affabilité lui réunitpresque toutes les factions à mesure quYllo fut connue; sonargent lui donna la plus grande partie de l’armée de la cou-ronne. Le czar, craignant de manquer de vivres dans un paysque ses troupes avaient désolé, se retira en Lithuanie, oùétait le rendez-vous de ses corps d’armée, et où il devaitétablir des magasins. Cette retraite laissa le roi Stanislaspaisible souverain de presque toute la Pologne.

Le seul qui le troublât alors dans ses états était le comteSiniawsld, grand général de la couronne, de la nominationdu roi Auguste. Cet homme, qui avait d’assez grands talenset beaucoup d’ambition, était à la tête d’un tiers parti, il nereconnaissait ni Auguste ni Stanislas; et après avoir tout tentépour se faire élire lui-même, il se contentait d’être chef departi, ne pouvant pas être roi. Les troupes de la couronne,qui étaient demeurées sous ses ordres, n’avaient guère d’autresolde que la liberté de piller impunément leur propre pays.Tous ceux qui craignaient ces brigandages ou qui en souf-fraient se donnèrent bientôt à Stanislas, dont la puissances’affermissait de jour en jour.

Le roi de Suède recevait alors dans son camp d’Altranstadles ambassadeurs de presque tous les princes de la chrétienté.Les uns venaient le supplier de quitter les terres de l'empire;les autres eussent bien voulu qu’il eût tourné ses armes contrel’empereur; le bruit s’était même répandu par-tout qu’il devaitse joindre à la France pour accabler la maison d’Autriche.Parmi tous ces ambassadeurs vint le fameux Jean, duc deMarlborough, de la part d’Anne, reine de la Grande-Bretagne.Cet homme qui n’a jamais assiégé de ville qu’il n’ait prise,ni donné de bataille qu’il n’ait gagnée, était à Saint-James unadroit courtisan; dans le parlement un chef départi; dans lespays étrangers le plus habile négociateur de son siècle. Il avaitfait autant de mal à la France par son esprit que par ses armes.On a entendu dire au secrétaire des états-généraux, M. Fagel,homme d’un très grand mérite, que plus d’une fois les états-généraux ayant résolu de s’opposer à ce que le duc de Marl-borough devait leur proposer, le duc arrivait, leur parlait en