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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE IV.

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Plusieurs (”) fuient pris, blessés ou tués, ou entraînésloin du roi par la foule qui se jetait sur eux; il ne restaitque cinq hommes auprès de Charles: il avait tué plus dedouze ennemis de sa main sans avoir reçu une seule blessure,par ce bonheur inexprimable qui jusqu’alors l’avait accompagnépar-tout, et sur lequel il compta toujours. Enfin un colonelnommé Dardof se fait jour à travers des Calmouks avec seule-ment une compagnie de son régiment; il arrive à temps pourdégager le roi: le reste des Suédois fit main basse sur cesTartares. L’armée reprit ses rangs; Charles monta h cheval;et, tout fatigué qu’il était, il poursuivit les Russes pendantdeux lieues.

Le vainqueur était toujours dans le grand chemin de lacapitale de la Moscovie. Il y a de Sinolensko, auprès duquelse donna ce combat, jusqu’à Moscou, environ cent de noslieues françaises: l’armée n’avait presque plus de vivres. Onpria fortement le roi d’attendre que le général Levenhaupt,qui devait lui en amener aven un renfort de quinze mille hom-mes, vint le joindre. Non seulement le roi, qui rarement pre-nait conseil, n’écouta point cet avis judicieux, mais, au grandétonnement de toute l’armée, il quitta le chemin de Moscou^et fit marcher au midi vers l’Ukraine, pays des Cosaques, situeentre la petite Tartarie, la Pologne, et la Moscovie. Ce paysa environ cent de nos lieues du midi au septentrion, et presqueautant de l’orient au couchant; il est partagé en deux partiesà-peu-près égales par le Borysthène, qui le traverse en cou-lant du nord-ouest au sud-est; la principale ville est Bathurin,sur la petite rivière de Sein. La partie la plus septentrionalede l’Ukraine est cultivée et riche: la plus méridionale situéeprès du quarante-huitième degré, est un des pays les plus fer-tiles du monde et les plus déserts; le mauvais gouvernement yétouffait le bien que la nature s’efforce de faire aux hommes.Les habitons de ces cantons voisins de la petite Tartarie nesemaient ni ne plantaient, parce que les Tartares de Budziac,ceux de Précop, les Moldaves, tous peuples brigands, auraientravagé leurs moissons.

L’Ukraine a toujours aspiré à être libre; mais étant en-tourée de la Moscovie, des états du grand-seigneur, et de laPologne, il lui a fallu chercher un protecteur, et par consé-quent un maître dans l’un de ces trois états. Elle se mitd’abord sous la protection de la Pologne, qui la traita trop ensujette; elle se donna depuis au Moscovite, qui la gouvernaen esclave autant qu’il le put. D’abord les Ukrainiens jouirentdu privilège d’élire un prince sous le nom de général; mais