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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

l’Ukraine. Il amenait au roi un convoi de huit mille cha-riots, avec l’argent qu’il avait levé en Lithuanie sur la route.Quand il fut vers le bourg de Lesno, près de l’endroit où lesrivières de Pronia et Sossa se joignent pour aller tomber loinau-dessous dans le Borysthène, le czar parut à la tête de prèsde quarante mille hommes.

Le général suédois, qui n’en avait pas seize mille com-plets, ne voulut pas se retrancher. Tant de victoires avaientdonné aux Suédois une si grande confiance, qu’ils ne s’infor-maient jamais du nombre de leurs ennemis, mais seulement dulieu où ils étaient. Levenhanpt marcha donc à eux sans ba-lancer, le 7 d’octobre après midi. Dans le premier choc lesSuédois tuèrent quinze cents Moscovites. La confusion semit dans l’armée du czar; on fuyait de tous côtés. L’empe-reur des Russes vit le moment où il allait être entièrementdéfait: il sentait que le salut de ses états dépendait de cettejournée, et qu’il était perdu si Levenliaupt joignait le roi deSuède avec une armée victorieuse.

Dès qn’il vit que ses troupes commençaient à reculer, ilcourut à l’arrière-garde, où étaient des Cosaques et des Cal-inouks: ,,Je vous ordonne, leur dit-il, de tirer sur quiconquefuira, et de me tuer moi-même, si j’étais assez lâche pour meretirer. 11 De là il retourna à l’avant-garde, et rallia ses troupeslui-même, aidé du prince Menzikoff et du prince Gallitzin.Levenhanpt, qui avait des ordres pressans de rejoindre sonmaître, aima mieux continuer sa marche que recommencer lecombat, croyant en avoir assez fait pour ôter aux ennemis larésolution de le poursuivre.

Dès le lendemain à onze heures le czar l’attaqua au bordd’un marais, et étendit son armée pour l’envelopper. LesSuédois firent face par-tout: on se battit pendant deux heuresavec une opiniâtreté égale. Les Moscovites perdirent troisfois plus de monde; mais aucun ne lâcha pied, et la victoirefut indécise.

A quatre heures le général Bayer amena au czar un ren-fort de troupes. La bataille recommença alors la troisièmefois avec plus de furie et d’acharnement: elle dura jusqu’à lanuit: enfin le nombre l’emporta; les Suédois furent rompus,enfoncés, et poussés jusqu’à leur bagage. Levenhanpt ralliases troupes derrière ses chariots. Les Suédois étaient vaincus,mais ils ne s’enfuirent point. Ils étaient environ neuf millehommes, dont aucun (“) ne s’écarta: le général les mit enordre de bataille aussi facilement que s’ils n’avaient point étévaincus. Le czar, de l’autre côté, passa la nuit sons les