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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

de votre femme? Si vous êtes un vrai soldat, je vous mèneraisi loin que vous pourrez à peine recevoir des nouvelles deSuède une fois en trois ans. 11

Le marquis de Brancas, depuis ambassadeur en Suède,in’a conté qu’un soldat osa présenter au roi avec murmure,en présence de toute l’année, un morceau de pain noir etmoisi, fait d’orge et d’avoine, seule nourriture qu’ils avaientalors, et dont ils n’avaient pas même suffisamment. Le roi reçutle morceau de pain sans s’émouvoir, le mangea tout entier, etdit ensuite froidement au soldat: „I1 n'est pas bon, mais ilpeut se manger. 11 Ce trait, tout petit qu'il est, si ce quiaugmente le respect et la confiance peut être petit, contribuaplus que tout le reste à faire supporter à l’armée suédoise desextrémités qui eussent été intolérables sous tout autre général.

Dans cette situation il reçut enfin des nouvelles de Stock-holm; elles lui apprirent la mort de la duchesse de Holstein,sa soeur, que la petit-vérole enleva au mois de décembre 1708,dans la vingt-septième année de son âge. C’était une princesseaussi douce et aussi compatissante que son frère était impé- >rieux dans ses volontés, et implacable dans ses vengeances. Ilavait toujours eu pour elle beaucoup de tendresse ; il fut d’au-tant plus affligé de sa perte, que, commençant alors à devenirmalheureux, il en devenait un peu plus sensible.

Il apprit aussi qu’on avait levé des troupes et de l'argent,en exécution de ses ordres; mais rien ne pouvait arriver jus-qu’à son camp, puisqu’entre lui et Stockholm il y avait prèsde cinq cents lieues à traverser, et des ennemis supérieurs ennombre à combattre.

Le ezar, aussi agissant que lui, après avoir envoyé denouvelles troupes au secours des confédérés en Pologne, réuniscontre Stanislas, sous le général Siniawski, s’avança bientdtdans l’Ukraine, au milieu de ce rude hiver, pour faire tète auroi de Suède: là il continua dans la politique d’affaiblir sonennemi par de petits combats; jugeant bien que l’armée sué-doise périrait ( ls ) entièrement à la longue., puisqu’ ( ,6 ) ellene pouvait ( ls ) être recrutée. U ne fallait que le froid fûtbien excessif, puisque les deux ennemis furent contraints des’accorder une suspension d’armes. Mais, dès le premierfévrier, on recommença à se battre an milieu des glaces etdes neiges.

Après plusieurs petits combats et quelques désavantages,le roi vit au mois d’avril qu’il ne lui restait plus que dix-huitmille Suédois. Mazeppa seul, ce prince des Cosaques, lesfaisait subsister; sans ce secours l’armée eût péri de faim et