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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE IV.

Di

de misère. Le czar, dans eette conjoncture, fit proposer àMazeppa de rentrer sous sa domination: mais le Cosaquefut fidele à son nouvel allié, soit que le supplice affreux dela roue, dont avaient péri ses amis, le fît craindre pour lui-même, soit qu’il voulût les venger.

Charles, avec ses dix-huit mille Suédois, n'avait perdu nile dessein ni l’espérance de pénétrer jusqu’à Moscou. Il alla,vers la lin de mai, investir Puitava, sur la rivière Vorskla, àl’extrémité orientale de l’Ukraine, à treize grandes lieues du Bo-rysthène: ce terrain est celui des Zaporaviens, le plus étrangepeuple qui soit sur la terre. C’est un ramas d’anciens Russes,Polonais, et Tartares, faisant tous profession d’une espèce dechristianisme et d’un brigandage semblable à celui des flibus-tiers. Ils élisent un chef, qu’ils déposent ou qu’ils égorgentsouvent: ils ne souffrent point de femmes chez eux, mais ilsvont enlever tous les enfans à vingt et trente lieues à laronde, et les élèvent dans leurs moeurs. L'été ils sont tou-jours en campagne; l’hiver ils couchent dans des granges spa-cieuses, qui contiennent quatre ou cinq cents hommes. Us necraignent rien; ils vivent libres; ils affrontent la mort pourle plus leger butin, avec la même intrépidité que Charles XIIla bravait pour donner des couronnes. Le czar leur fit donnersoixante mille florins, dans l’espérance qu’ils prendraient sonparti: ils prirent son argent, et se déclarèrent pour Charles XIIpar les soins de Mazeppa; mais ils servirent très peu, parcequ’ils trouvent ridicule de combattre pour autre chose que pourpiller. C’était beaucoup qu’ils ne nuisissent pas: il y en eutenviron deux mille tout au plus qui firent le service. On présentadix de leurs chefs un matin au roi, mais on eut bien de la peineà obtenir d’eux qu’ils ne fussent point ivres; car c’est par-làqu’ils commencent la journée. On les mena à la tranchée;ils y firent paraître leur adresse à tirer avec de longues cara-bines ; car, étant montés sur le revers, ils tuaient à la distancede six cents pas les ennemis qu’ils choisissaient. Charles ajoutaà ces bandits quelques mille Valaques que lui vendit le kan dela petite Tartarie: il assiégeait donc Puitava avec toutes sestroupes de Zaporaviens, de Cosaques, de Valaques, qui, jointsà ses dix-huit mille Suédois, faisaient une armée d’environtrente mille hommes, mais une armée délabrée, manquant detout. Le czar avait fait de Puitava un magasin. Si le roiU: prenait, il se rouvrait le chemin de Moscou, et pouvait aumoins attendre dans l’abondance de toutes choses les secours•fii'il espérait encore de Suède, de Livonie, de Poméranie, etde Pologne. Sa seule ressource étant donc dans la prise de