Buch 
Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
Entstehung
Seite
96
JPEG-Download
 

93

HISTOIRE DE CHAULES XII.

n’y avait plus de ressource. Le comte Piper avec quelquesofficiers de la chancellerie étaient sortis de ce camp, et ne sa-vaient ni ce qu’ils devaient faire, ni ce qu’était devenu le roi;ils couraient de côté et d’autre dans la plaine: un major,nommé Bere, s’offrit de les conduire au bagage; mais les nua-ges de poussière et de fumée qui couvraient la campagne, etl’égarement d’esprit naturel dans cette désolation, les conduisi-rent droit sur la contrescarpe de la ville même, où ils fuienttous pris par la garnison.

Le roi ne voulut point fuir, et ne pouvait se défendre.Il avait en ce moment auprès de lui le général Poniatowski,colonel de la garde suédoise du roi Stanislas, homme d’unmérite rare, que son attachement pour la personne de Charlesavait engagé à le suivre en Ukraine sans aucun commande-ment: c’était un homme qui, dans toutes les occurences desa vie, et dans les dangers où les antres n’ont tout au plusque de la valeur, prit toujours son parti sur-le-champ, et bienet avec bonheur: 11 lit signe à deux drabans, qui jnirent leroi par-dessous les bras, et le mirent à cheval maigre les dou-leurs extrêmes de sa blessure.

Poniatowski, quoiqu’il n’eût point de commandement dansl’armée, devenu en cette occasion général par nécessité, ralliacinq cents cavaliers auprès de la personne du roi; les unsétaient des drabans, les autres des officiers, quelques uns desimples cavaliers: cette troupe rassemblée, et ranimée par lemalheur de son prince, se lit jour à travers plus de dix régi-mens moscovites, et conduisit Charles au milieu des ennemisl’espace d’une lieue, jusqu’au bagage de l’armée suédoise.

Le roi fuyant et poursuivi eut son cheval tué sous lui;le colonel Gieta, blessé et perdant tout son sang, lui donnale sien. Ainsi on remit deux fois à cheval dans sa fuite ceconquérant qui n’avait pu y monter pendant la bataille.

Cette retraite étonnante était beaucoup dans un si grandmalheur; mais il fallait fuir plus loin: on trouva dans le ba-gage le carrosse du compte Piper; car le roi n’en eut jamaisdepuis qu’il sortit de Stockholm; on lé mit dans cette voiture,et l’on prit avec précipitation la route du Borysthène. Le roi,qui, depuis le moment où on l’avait mis à cheval jusqu’à sonarrivée au bagage, n’avait pas dit un seul mot, demanda alorsce qu’était devenu le comte Piper. Il est pris avec toute lachancellerie, lui répondit-on. Et le général Renschild, ©t leduc de Wirteinberg? ajouta-t-il. Ils sont aussi prisonniers,lui dit Poniatowski. „Prisonniers chez des Russes !“ repritCharles, en haussant les épaules; „allons donc, allons plutôt