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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE IV.

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chez les Ttircs.“ Ou ne remarquait pourtant point (V abtte-ment sur son visage; et quiconque refit vu alors, et efit ignoréson état, n’efit point soupçonné qu’il était vaincu et blessé.

Pendant quil s’éloignait les Russes saisirent son artilleriedans le camp devant Pultava, son bagage, sa caisse militaire,où ils trouvèrent six millions en espèces, dépouilles des Polo-nais et des Saxons. Près de neuf mille hommes suédois oucosaques furent tués dans la bataille; environ six mille furentpris. Il restait ( 22 ) encore environ seize mille hommes, tantsuédois et polonais que cosacjues, qui fuyaient vers le Borys-thène, sous la conduite du général Levenhaupt; il maicha d’uncôté avec ses troupes fugitives: le roi alla par un antre cheminavec quelques cavaliers. Le carosse où il était rompit dansla marche; on le remit à cheval. Pour comble do disgrâce ils’égara pendant la nuit dans un bois; là, son courage ne pou-vant plus suppléer ( 23 ) à ses forces épuisées, les douleurs desa blessure devenues pins insupportables par la fatigue, soncheval étant tombé de lassitude, il se coucha quelques heuresau pied d’un arbre, en danger d’étre surplis à tout momentpar les vainqueurs qui le cherchaient de tous côtés.

Enlin, la nuit du 9 au 10 juillet, il se trouva vis-à-vis leBorysthène: Levenhaupt venait d’arriver avec les débris del’armée: les Suédois revirent avec une joie mêlée de douleurleur roi qu'ils croyaient mort. L’ennemi approchait, on n’avaitni pont pour passer le fleuve," ni temps pour en faire, ni poudrepour se défendre, ni provisions pour empêcher de mourir defaim une armée qui n avait mangé depuis deux jours. Cepen-dant les restes de cette armée étaient des Suédois, et ce roivaincu était Charles XII. Presque tous les officiers croyaientqu’on attendrait là de pied ferme les Russes, et qu’on périraitou qu’on vaincrait sur le bord du Borysthène. Charles eûtpris sans doute cette résolution s’il n’eut été accablé de faiblesse :sa plaie suppurait, il avait la fièvre; et on a remarqué que laplupart des hommes les plus intrépides perdent dans la lièvrede la suppuration cet instinct de valeur qui, comme les autresvertus, demande une tète libre. Charles n’était plus lui-même ;c’est ce qu’on m’a assuré, et qui est plus vraisemblable. Onl’entraîna comme un malade qui ne se connaît plus. Il y avaitencore par bonheur une mauvaise calèche qu’on avait amenéeà tout hasard jusqu'en cet endroit; on l’embarqua sur un petitbateau: le roi se mit dans un autre avec le général Mazeppa.Celui-ci avait sauvé plusieurs coffres pleins d’argent; mais lecourant étant trop rapide, et un vent violent commençantà souffler, ce Cosaque jeta plus des trois quarts de ses tré-CBABLES XII. 7