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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRK V.

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ne pouvant emmener leurs chevaux, et ne voulant pas leslaisser h l’ennemi, ils les tuèrent tous aux environs d’Helsin-liourg, et mirent le feu à leurs provisions, brûlant leurs grainset leurs bagages, et laissant dans Helsinbourg quatre milleblessés, dont (") la plus grande partie mourut par l’infectionde tant de chevaux tués, et par le défaut de provisions, dont ( 14 )leurs compatriotes même les privaient pour empêcher que lesSuédois n en jouissent.

Dans le même temps les paysans de la Dalécarlie ayantouï dire dans le fond de leurs forêts que leur roi était pri-sonnier chez les Turcs, députèrent à la régence de Stockholm,et offrirent d’aller à leurs dépens, au nombre de vingt mille,délivrer leur maître des mains de ses ennemis. Cette propo-sition, qui marquait plus de courage et d’alfection qu’ellen’était utile, fut écoutée avec plaisir, quoique rejetée, et onne manqua pas d’en instruire le roi en lui envoyant le détailde la bataille d’Helsinbourg.

Charles reçut' dans son camp, près de Bender, ces nou-velles consolantes au mois de juillet 1710. Peu de tempsaprès, un autre évènement le confirma dans ses espérances.

Le grand-visir Couprougli, qui s’opposait à ses desseins,fut déposé après deux mois de ministère. La petite cour deCharles XII, et ceux qui tenaient encore pour lui en Pologne,publiaient que Charles faisait et défaisait les visirs, et qu’ilgouvernait l’empire turc du fond de sa retraite de Bender:mais il n’avait aucune part à la disgrâce de ce favori ; la rigideprobité du visir fut, dit-on, la seule cause de sa chiite: sonprédécesseur ne payait point les janissaires du trésor impérial,mais de l’argent qu’il faisait venir par ses extorsions; Cou-prougli les paya de l’argent du trésor. Achmet lui reprochaqu’il préférait l’intérêt des sujets à celui de l’empereur: „Tonprédécesseur Chourlouli, lui dit-il, savait bien trouver d’autresmoyens de payer mes troupes." Le grand-visir répondit:„S’il avait l’art d’enrichir ta hautesse par des rapines cest unart que je fais gloire d’ignorer."

Le secret profond du sérail permet rarement que de pareilsdiscours transpirent dans le public; mais celui-ci fut su avecla disgrâce de Couprougli. Ce visir ne paya point sa hardiessede sa tête, parce que la vraie vertu se fait quelquefois respecterlors même qu’elle déplaît: on lui permit de se retirer dansl’île de Négrepont. J f ai su ces particularités par des lettresde M. Bru, mon parent, premier drogman à la Porte otto-mane; et je les rapporte pour faire connaître l’esprit de cegouvernement.

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